SPORT

Imprimer

Entretien avec Loïc Jean-Albert, homme volant

on .

 

« Arrêter ma carrière avant qu’elle ne m’arrête me semble une sage décision »

 

lja

 

À la poursuite du rêve d’Icare, Loïc Jean-Albert entretient le mythe grec qui pousse l’être humain à sans cesse repousser ses limites. Figure emblématique de toutes les formes de parachutisme (précision d'atterrissage, voltige, vol relatif, free fly…), LJA a repris le flambeau laissé par Patrick de Gayardon (tragiquement décédé de sa passion en 1998) en participant activement au développement du wingsuit. Vêtu de sa combinaison ailée, notre homme devient oiseau, frôlant les parois rocheuses dans un balai majestueux. Base jumper de l’extrême, Loïc a traîné sa toile sur les plus beaux spots mondiaux, rapportant des images à couper le souffle que les internautes s’arrachent. Mais comme Icare, LJA a failli se brûler les ailes à trop vouloir tutoyer le soleil ! À 32 ans, notre ovni a posé ses voiles après un accident survenu en 2007 et dont il porte encore aujourd’hui les stigmates. Pilote tout récemment diplômé, Loïc continue néanmoins à s’envoyer en l’air et nous fait partager cette passion qui lui colle si bien à la peau !


Comment est née cette passion du parachutisme sous toutes ses formes ?
J’ai grandi avec le parachutisme. Mes parents étaient moniteurs et, tout petit déjà, je traînais sur la base aérienne. Je voyais les gens prendre un tel plaisir, ressentir des émotions si fortes que, forcément, j’ai moi aussi eu envie d’essayer. J’ai fait mon premier saut biplace à l’âge de douze ans avec mon père, mais j’ai dû attendre mes 16 ans (âge requis à l’époque, 15 ans aujourd’hui) pour vraiment débuter le parachutisme. Dès mon premier saut, j’ai su que cette discipline était faite pour moi. Le peu d’études que je faisais m’a tout de suite beaucoup moins intéressé et toute ma vie s’est alors construite autour de ma passion.

Combien de sauts à ton actif ?
Plus de 11 000.

Peux-tu nous parler des Soul Flyers, cette team dont tu as été l’instigateur !
L’envie était de réunir des copains qui partageaient le même état d’esprit et une passion commune pour l’air. Le but des Soul Flyers était double. Comme chez les surfeurs à la recherche de la vague ultime, notre souhait était de trouver des nouveaux spots incroyables pour nous adonner à nos disciplines respectives et rapporter des images à couper le souffle (DVD disponibles sur le site flyyourbody). L’autre aspect était le mélange des genres. Dans cette équipe, on retrouvait plusieurs disciplines et donc divers savoir-faire dans les airs. Base-jump, wingsuit, parapente, chute libre… Notre but était de mélanger les disciplines afin de les faire évoluer. C’est ainsi, par exemple, que l’on a développé le speed flying. On décolle à ski depuis une montagne avec une technique de gonflage comme pour le parapente mais en utilisant une voile beaucoup plus petite afin de pouvoir longer les parois de la falaise à grande vitesse.

C’est en suivant les pas de Patrick de Gayardon que tu t’es lancé dans le wingsuit ?
Patrick a bien sûr ouvert la voie et a été une grande source d’inspiration pour moi. Il a été l’inventeur du wingsuit moderne qui se gonfle et permet de voler. Je suis parti de son principe en apportant mes petites modifications. Je connaissais Patrick car, lorsque j’étais en équipe de France, il habitait à proximité de notre base d’entraînement. C’est lui qui, le premier, après être parti de l’équipe de France pour désaccord, a réussi à vivre de sa passion en trouvant des sponsors pour réaliser des sauts incroyables aux quatre coins du monde. Là encore, j’ai suivi ses traces. À un moment, la compétition m’ennuyait et je souhaitais être plus créatif, plus libre. Moi aussi, j’ai choisi de sortir le parachutisme des sentiers battus et, sans gagner des millions, vivre de ma passion.

Peux-tu nous expliquer la conception de cette combinaison très spéciale que tu as contribué à faire évoluer ?
Patrick avait fixé les bases du wingsuit et moi, j’ai essayé de la faire évoluer afin que la combinaison devienne véritablement quelque chose que tu puisses piloter. Aujourd’hui, le corps peut se déplacer dans la combi et, pour le vol, c’est essentiel. Au départ, avec un ancien coéquipier en équipe de France, Stéphane Zunino, nous avons bossé pour moderniser la combi. Cela n’a pas été simple car nous étions seuls et, à chaque vol, on apprenait de nos erreurs pour affiner les réglages. On faisait dans le genre expérimental en nous inspirant de tous les objets volants existants et en adaptant les spécificités nécessaires à la wingsuit. Tout cela reste un micromarché et les gars font leurs réglages dans leur coin puisque aucune grosse entreprise avec le temps, et surtout les moyens, ne se penche sur la question.

Penses-tu qu’un jour on pourra se poser en wingsuit sans parachute ?
Aujourd’hui, le tenter serait du suicide, mais effectivement, à terme, je pense que c’est quelque chose de tout à fait réalisable.

Comment peux-tu décrire l’impression ressentie lors d’un vol en wingsuit !
La meilleure façon de décrire cette sensation est de procéder par comparaison. C’est un peu comme si tu glissais sur un fluide. Imagine ton corps se laissant porter au gré de la vague sans pour autant avoir besoin de le propulser. Après, il y a le côté visuel qui est incroyable. Là, tu ne tombes pas verticalement comme en chute libre, mais tu es maître de ta trajectoire. Tu tournes autour de la montagne, tu files vers un nuage, tu repenses totalement le côté statique du terrien. Tu t’offres une liberté absolue en trois dimensions, une sensation ultime.

Ton plus beau vol ?
Le premier vol à Verdier en Suisse où j’ai longé un relief plat, c’était intense (Sur une distance horizontale d’environ 200 mètres, Loïc a longé le sol, survolant la neige à seulement quatre ou cinq mètres de hauteur). Je m’y étais entraîné en longeant des pentes de façon latérale. Là, il y avait de la neige partout et j’avais véritablement la sensation de voler à si peu de distance du sol. Il y a aussi eu ce vol en Norvège sur une pente qui, à un moment donné, longe la route. En wingsuit, la vitesse est ton moteur, l’élément qui te permet de manœuvrer. Tu pars de la falaise et tu prends une trajectoire donnée avec une marge de manœuvre en cas d’erreur d’appréciation. Je me souviens être passé à environ 150 km heure à trois ou cinq mètres de personnes qui me regardaient passer de la route. C’est un truc très bizarre car tu voles, tu es dans un élément qui est l’air et puis, en visualisant ces personnes, cette route, tu reprends contact avec la civilisation.

La marge d’erreur lors de ces vols est quand même minime sous peine de payer comptant !
Lorsque tu penses un vol, tu prends en compte tous les paramètres afin de limiter les risques au maximum. Tu es conscient du danger et tu te donnes donc une marge de sécurité si le vol ne se passe pas comme prévu. Par exemple, tu passes à dix mètres d’une falaise en sachant que tu peux passer à cinq. Forcément lorsque tu rognes ta marge de sécurité, tu sais que tu grilles un joker et que tu passes près du drame. Le problème en wingsuit survient surtout lorsque tu es en sous vitesse. Là, contrôler son vol devient périlleux et tu réduis énormément la marge de sécurité que tu t’étais fixée.

Lors de ton accident en Nouvelle-Zélande en 2007 qui aurait pu te coûter la vie, tu n’as pas respecté les marges de sécurité ?
C’était en speed flying. J’étais arrivé la veille en Nouvelle-Zélande après trois jours de voyage. Il s’agissait en plus d’une toile proto que je devais tester et que je n’avais pas encore bien en mains. Au lieu d’y aller tranquillement, j’ai attaqué comme un fou sur mes trajectoires et j’ai touché la falaise avec mes fesses. Bilan, vertèbre lombaire fracturée. Cela aurait pu être beaucoup plus grave ! J’ai été opéré en Nouvelle-Zélande puis de nouveau en France pour renforcer mon dos. Je m’étais déjà cassé le bassin en 2000 et là, vu mon état et le bas de mon dos soudé, les médecins m’ont fortement déconseillé de sauter à nouveau. J’ai pas mal bouffé mon capital physique et j’essaye de préserver le peu qu’il me reste sous peine de finir en fauteuil.

Et la raison est plus forte que l’envie de voler ?
Oui ! J’ai perdu beaucoup de copains pendant ma carrière. Lorsque tu enterres un ami par an, cela devient pesant et, avec l’âge, les enfants, tu commences à réfléchir. Comme un grand sportif, je me dis qu’il vaut mieux arrêter avant de commencer à perdre. En plus pour nous, perdre est souvent synonyme de mort ! Arrêter ma carrière avant qu’elle ne m’arrête me semble une sage décision. Mais c’est vrai que, parfois, l’envie de voler se fait grandement sentir. Par exemple, je suis allé voir Avatar en 3D au cinéma et, à un moment, l’un des personnages tombe à pic d’une falaise sur un dragon. C’était si réaliste que tout mon corps a frissonné. J’ai ressenti un réel trouble. C’est certainement que les graphistes du film ont bien bossé !

Le base jump, c’est encore une autre sensation ?
L’énorme différence entre le base jump et le parachutisme classique où tu sautes d’un avion, c’est qu’au départ, tu n’as pas de vitesse. Lorsque tu te jettes d’une falaise, tu as réellement l’impression de tomber alors qu’en avion la portance de l’air se fait tout de suite sentir. Après, il y a la référence visuelle. Ma mère, par exemple, a toujours fait du parachutisme malgré son vertige, mais elle serait incapable de sauter d’une falaise. Le point le plus haut pour sauter en base jump, c’est 1 000 mètres, soit le plus bas pour un saut en partant d’un avion. Tu n’as pas franchement droit à l’erreur. Tu ne disposes que d’un seul parachute (un second n’aurait pas le temps de s’ouvrir) et tu réduis donc ta marge de sécurité au strict minimum.

L’endroit le plus beau où tu aies sauté ?
Les Alpes et la Norvège sont des endroits incroyables au niveau technique. Pour les paysages, le Chili est un truc mémorable ou le Fuji-Yama au Japon.

Tu viens de passer ton brevet de pilote. Tu comptes donc quand même poursuivre ta carrière en osmose avec l’air !
C’est mon élément, ma passion. Aujourd’hui, je fais de l’hélico, de la voltige aérienne et ce brevet de pilote va me permettre de rester en contact avec ce que j’aime. C’est un nouveau défi et il ne me reste plus qu’à trouver un employeur !

 

Propos recueillis par Nicolas Valiadis




http://www.loicjeanalbert.com/

http://www.flyyourbody.com/

       

 

http://www.youtube.com/user/wingsuitflying

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir

Copyright

Tous les droits de reproduction et de représentation sont réservés. Propriété exclusive de « agents d’entretiens. ». L’utilisation, la reproduction, la transmission, modification, rediffusion ou vente de toutes les informations reproduites sur ce site  ou partie de ce site sur un support quel qu’il soit, ou encore la diffusion sur tout autre site Internet par le biais d’un quelconque hyperlien, groupe de discussion, forum ou autre système ou réseau informatique que ce soit, et ce dans le cadre d’une utilisation à caractère commercial ou non lucratif sont formellement interdites sans l’autorisation préalable et écrite de « agents d’entretiens.. ».

UA-17706764-1
DLE 9.6 DLE   UCOZ  joomla!