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Entretien avec H.R. Giger, le créateur d'Alien

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« Dans l’art, il vaut mieux être le volé que le voleur »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Visionnaire de génie, créateur d’un monde en pleine mutation, H.R. Giger restera comme l’un des artistes les plus marquants du XX ème siècle. Des tenues gothiques actuelles aux graphes qui fleurissent dans la rue, le monde de ce peintre, sculpteur est omniprésent au cœur de notre environnement quotidien. Trop souvent catalogué comme simple créateur du célèbre « Alien » par les profanes, Giger est, comme tout précurseur, un artiste incompris, véritable anticipateur du monde de demain. Rencontre à l'occasion de la venue du maître pour l'ouverture du "monde selon H.R. Giger" à la Halle Saint Pierre à Paris.

 

Pensez-vous être le père d’un esthétisme cinématographique devenu l’apanage des grosses productions actuelles ?

H.R. Giger : L’univers biomécanique qui compose la majeure partie de mes toiles est devenu une sorte de constante dans les décors que l’on retrouve aujourd’hui dans le septième art. Les structures tubulaires que j’utilisais déjà dans les années 70 sont extrêmement présentes. Je pense que « Alien », au-delà du succès commercial, a été une source d’inspiration et un modèle d’esthétisme qui a bouleversé ce qu’on entend par science-fiction. De toute façon, dans l’art, il vaut mieux être le volé que le voleur.

Votre vision artistique du monde introduit la métamorphose, la fusion entre le minéral et l’organique, des éléments aussi divers qui touchent trente ans plus tard l’informatique ou la génétique. Avez-vous conscience de l’aspect prémonitoire de vos œuvres ?

H.R. Giger : Il n’est jamais très bon pour un artiste d’être en avance sur son temps car cela crée en permanence un décalage entre le travail réalisé et l’avis du public. Lorsque j’ai commencé à exposer mes toiles en Suisse, il n’était pas rare que des gens manifestent ou jettent des projectiles contre la galerie pour interdire ce qu’ils considéraient comme de l’horreur. J’ai énormément souffert de cette incompréhension et l’aspect, comme vous l’appelez, prémonitoire de mon art m’a pesé, même si on constate aujourd’hui que je n’avais peut-être pas tout à fait tort. Le clonage ou les modifications génétiques n’étaient hélas pas uniquement le fruit de mon imagination, mais une anticipation de l’avenir à laquelle peu de gens croyaient.

Vous semblez blessé par ce manque de reconnaissance du milieu de l’art alors qu’aujourd’hui on retrouve pourtant l’influence de votre univers dans des domaines aussi divers que le graphe, le tatouage, la mode vestimentaire…

H.R. Giger : C’est vrai que lorsqu’une personne vous montre son bras ou son mollet avec votre visage tatoué dessus, c’est assez étrange et flatteur à la fois. Pourtant, il a toujours fallu que je me batte pour faire accepter mon œuvre. J’ai été obligé de créer mon propre musée à Gruyères en Suisse et de vivre constamment en marge des institutions bien pensantes du monde artistique. Visiblement, ma démarche ne correspond pas à l’esthétisme du centre Beaubourg ou du Palais de Tokyo qui n’ont jamais daigné exposer mon travail.

Vos œuvres sont d’une complexité picturale étonnante. On dit que lorsque vous peignez, vous êtes proche d’un état de transe !

H.R. Giger : C’est vrai que je plonge dans un monde où mes mouvements sont guidés par une force extérieure, comme si mon subconscient prenait le pas sur l’aspect conscient de mon cerveau. Pour les très grandes fresques par exemple, je travaille sans dessin préalable. Je positionne la toile sur une sorte d’ascenseur alors, je commence par le coin en haut à gauche pour finir en bas à droite. Je n’ai pas besoin de revenir en arrière, les images s’impriment au fur et à mesure dans ma tête. J’aime que l’on me lise des ouvrages dans ces moments-là pour libérer encore plus mon esprit de toute forme de réflexion. Il m’arrive fréquemment d’écouter du jazz comme Miles Davis ou John Coltrane.  Les toiles sont un peu la transcription visuelle de rêves éveillés.

Trop de personnes ne voient en vous que le créateur d’Alien. Ne trouvez-vous pas que limiter votre œuvre à la création de ce personnage est largement réducteur, preuve d’une méconnaissance de vos multiples talents ?

H.R. Giger : Certainement, mais c’est ce qui intéresse les gens et lorsque l’on m’interviewe les questions tournent toujours autour d’Alien. Cela ouvre une porte aux plus curieux pour découvrir mon style biomécanique. Concernant la commande passée par Ridley Scott pour « Alien », voilà comment cela s’est passé : tout a commencé avec « Dune ». Dan 0’Bannon qui devait être le chef des effets spéciaux sur ce film était tombé sur mon œuvre « Necronomicon » publiée dans un ouvrage en 1977. Alexandro Jodorowski, qui devait réaliser « Dune », m’avait tout d’abord engagé pour réaliser l’univers esthétique du film. Pour des raisons « politiques », « Dune » a finalement été confié à David Lynch qui a préféré tout gérer seul. J’ai néanmoins continué dans cette voie et j’ai donné un exemplaire du « Necronomicon » à mon ami Salvador Dali. Dan O’Bannon qui travaillait sur « Alien » est passé chez Dali qui lui a présenté mon « monstre ». C’était tout ce qu’il cherchait, implacable, mystérieux, envoûtant, cruel. Cela a été une expérience fabuleuse, mais qui, effectivement, m’a enfermé dans une sorte de carcan.

Que pensez-vous de la phrase de Paul Klee : « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible » ?

H.R. Giger : Comme vous le laissez sous-entendre, cette phrase est assez symptomatique de mes créations. On peut regarder mes toiles d’une manière purement esthétique et se dire que ce que l’on voit n’est que le délire de l’artiste ou entrer dans le vif du sujet et analyser la chose. Je pense que chaque artiste introduit une part psychanalytique dans ses œuvres et que, chez moi, cet aspect est fortement développé.

Vous dites d’ailleurs à ce propos que la peinture est un moyen de fixer ses obsessions et ses fantasmes. Est-ce la raison pour laquelle le sexe et les armes, que vous collectionniez enfant, sont résurgents dans un grand nombre de vos toiles ?

H.R. Giger : Cocteau disait : « Tout artiste ne fait que son autoportrait ». Adolescent, j’étais d’une timidité maladive et lorsque j’ai découvert le sexe, cela a été une sorte de révélation. Pour les armes, vous paraissez connaître ma fascination pour les pistolets. L’œuvre intitulée « La machine à naissance » est d’ailleurs la symbiose de ces deux penchants. La vie engendrée par une arme.

Si l’on regarde bien cette toile, on remarque pourtant que la vie et la mort sont étroitement liées puisque les enfants ne peuvent sortir entiers du pistolet !

H.R. Giger : Effectivement, leur tête est propulsée comme un projectile. Ce n’est qu’après avoir terminé la peinture que je me suis rendu compte de cela. Comme quoi la vie est inéluctablement liée à la mort même dans notre subconscient ! Toute mon œuvre découle d’un traumatisme de la naissance. L’accouchement de ma mère s’est très mal passé et j’en ai gardé des séquelles inconscientes qui rejaillissent dans mes peintures. L’art exorcise les fantômes qui me hantent et qui, dans le meilleur des cas, touchent le public comme une sorte de catharsis à son propre mal.

 

Propos recueillis par Nicolas Valiadis

 

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Photo de H.R. Giger : copyright Dana Frank

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Commentaires   

 
#3 profile 20-12-2016 13:36
 
 
#2 luigi4235 02-03-2015 21:53
 
 
#1 luigi4235 16-02-2015 20:34
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