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Entretien avec Jean-Claude Tesic, l’esprit plus fort que le corps

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« Le handicap c’est avant tout le regard des autres qui te le rappelle ! »

 

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La vie ne tient qu’à un fil et, depuis ce dimanche soir de 1998, Jean-Claude Tesic en a parfaitement conscience. Après une bagarre dans le wagon qui le reconduit à la caserne où il effectue son service militaire, il est éjecté du train par trois individus. Résultat 18 jours de coma profond et des séquelles irréversibles. Jean-Claude a dû réapprendre à vivre avec son corps meurtri et des séquelles cérébrales. Pour Agents d’Entretiens, il nous confie les hauts et les bas de cette « nouvelle » vie.

 

Comment tout a basculé dans ta vie en 1998 ?

À l’époque, je faisais mon service militaire obligatoire. Après un week-end de permission, je devais donc prendre le train à la Gare de l’Est afin de regagner ma caserne située à Châlons-en-Champagne. J’étais dans le dernier wagon du train du dimanche soir (un train dédié aux militaires !), il n’y avait pas beaucoup de monde. Par flash, je me souviens que trois types m’ont demandé de l’argent pour me racketter, je n’ai pas accepté et s’en est suivi une bagarre. Le train partait, les agresseurs ont forcé la porte du wagon et ils m’ont jeté du train. Comme l’explique le contre-rendu de la police, je suis tombé sur le quai alors que, heureusement, le train ne roulait pas encore très vite. Résultat, 18 jours de coma Glasgow 8 (coma lourd !). J’avais des traces de coups sur le visage et le traumatisme crânien a provoqué des séquelles motrices avec une hémiplégie du côté droit.

 

Tu ne pouvais donc plus marcher ?

C’est exact ! Je devais me déplacer dans un fauteuil roulant et les médecins m’avaient annoncé que je ne remarcherais pas avant un an. À force de travail et motivé par une vraie haine et une volonté de lutter contre ce destin, j’ai réussi à me remettre sur mes jambes en quatre mois grâce à des exercices intensifs. J’ai suivi un an d’orthophonie pour la diction et j’ai dû réapprendre à écrire de la main gauche. Pour m’entraîner à l’hôpital, comme je voulais sortir rapidement de cet endroit qui représentait à mes yeux une vraie prison, je recopiais de la main gauche des magazines télé afin de m’entraîner.

 

Des témoins t’ont-ils raconté ce qui s’était passé ?

Non, hélas, il n’y a pas eu de témoin et l’enquête a été soit bâclée soit endormie par l’armée.

 

Quelles ont été tes premières pensées lorsque tu t’es réveillé à l’hôpital ?

Dès que je suis sorti du coma, je me souviens avoir cité trois prénoms que pourtant je ne connaissais pas. Mais très vite, toute l’affaire a été classée sans suite et mes agresseurs n’ont jamais été inquiétés par la police. J’ai ouvert un procès contre X en ayant recours à un avocat. L’armée me verse aujourd’hui une rente qui hélas ne compensera jamais les séquelles que j’ai encore de cet accident. Des amis proches ont bien tenté de retrouver qui pouvaient être les trois noms que j’avais cités en me réveillant, mais rien !

 

Combien de temps es-tu resté à l’hôpital et en rééducation ?

J’ai passé six mois à l’hôpital et en rééducation. Ensuite, par le biais de la MDPH (maison départementale pour handicapés), je me suis retrouvé dans un centre à Soissy en compagnie d’une dizaine de personnes handicapées. Nous apprenions à communiquer à nouveau et à vivre avec notre handicap. Puis je me suis dirigé vers une rééducation professionnelle prise en charge par la MDPH car je voulais à tout prix travailler. Rester à la maison à ne rien faire était une vraie déprime et je souhaitais me sortir de ce cercle vicieux. J’ai donc trouvé un stage qui m’a permis de retrouver une existence sociale.

 

As-tu toujours gardé le moral même lors de la rééducation et face aux séquelles post-traumatiques ?

Au départ, c’était vraiment très dur, mais s’apitoyer sur son propre sort ne fait pas avancer les choses. Rapidement, j’ai donc tenté d’ouvrir toutes les portes qui s’offraient à moi pour enfin frapper à la bonne. En regardant les personnes valides marcher, je me disais, j’y arrivais avant alors pourquoi pas essayer à nouveau. Lorsque j’ai remarché, cela a été un peu comme une seconde naissance et je suis reparti de l’avant avec le moral. J’ai bien sûr eu un suivi en victimologie afin de m’aider. Une fois par semaine, j’allais voir individuellement un psychologue. Le travail de groupe ne me correspondait pas car la plupart du temps les participants s’apitoyaient sur leur sort et cela ne me faisait ni eux ni moi avancer en rien.

 

Le regard des autres a-t-il été difficile à supporter après ton accident ?

Le handicap c’est avant tout le regard des autres qui te le rappelle ! Le regard des gens, de ceux que l’on connaît ou pas est très différent selon les individus. C’est très ressemblant du comportement humain de notre société. Certains se disent « Oh le pauvre ! », d’autres te regardent avec mépris et d’autres encore s’en fichent complètement. Je suis obligé de conduire avec une boule sur le volant en raison de ma main non valide et avec le macaron sur la voiture signalant que je suis handicapé. Certaines personnes n’hésitent pas à regarder qui se trouve à l’intérieur du véhicule comme si j’étais une bête de foire. J’ai vu l’hypocrisie de certains amis et d’autres, très peu hélas, qui se sont comportés comme avant, comme si chez moi rien n’avait changé. Ceux-là, je les en remercie car leur attitude m’a fait du bien.

 

Et côté sentimental ?

Avant cet accident, j’avais une petite amie, mais avec les six mois d’hospitalisation plus les six mois à accepter mon corps et ma nouvelle vie avec le handicap, elle est partie. Elle avait pitié de moi et, en même temps, cela la gênait d’être vue aux bras d’un mec handicapé. Depuis, avec les filles, je me demande toujours si lorsqu’elles viennent vers moi, c’est par pitié ou s’il s’agit d’une démarche sincère. Cela engendre forcément un complexe.

 

Penses-tu que notre société doive encore fournir de nombreux efforts pour aider à l’intégration des personnes handicapées dans le monde du travail comme dans la vie de tous les jours ?

La société dans laquelle nous vivons est très bien car elle nous prend en compte. On râle toujours sur la France, mais il suffit de regarder ne serait-ce que chez certains de nos voisins européens pour nous rendre compte des avantages dont nous bénéficions. C’est surtout pour les personnes handicapées moteur et qui ne peuvent se déplacer sans fauteuil que les choses sont difficiles. Les infrastructures sont loin d’être toujours adaptées pour donner l’accès aux personnes handicapées. L’important chez la personne handicapée est de cibler son défaut et de tenter de le travailler pour s’améliorer. Personnellement, j’ai un gros problème de concentration suite au traumatisme crânien reçu et, après quelques lignes, les fautes de syntaxe, de grammaire et d’orthographe se multiplient. Il faudrait donc un test lorsque l’on entre dans une société afin de pouvoir travailler justement sur ces « petits » problèmes qui nous ennuient. Avec une hémiplégie j’ai du mal à couper ma viande et lorsque je demande que l’on m’aide dans un restaurant, le serveur est souvent gêné ou ne comprend pas pourquoi je lui demande de l’aide. Il faudrait plus sensibiliser les valides au handicap ce qui changerait leur regard et permettrait à nous, handicapés, d’évoluer et de ne plus avoir honte de notre état.

 

Aujourd’hui es-tu animé par un esprit de vengeance envers à ceux qui t’ont jeté du train ?

Dans les moments de solitudes oui ! Je ne vais pas mentir. Je me dis souvent que ceux qui m’ont fait ça méritent le même sort que moi. Pourtant, tout cela reste vain. On doit penser positivement, aller de l’avant. La haine, la vengeance ne sont en définitive que des pertes de temps. Se focaliser là-dessus, c’est rester bloqué sur son propre handicap ce qui est quelque chose de stérile. Il faut se dire qu’il y a toujours un retour de bâton et que, peut-être, les personnes qui m’ont infligé cela le paieront un jour.

 

Comment vois-tu l’avenir ?

Avant mon traumatisme, j’avais un Bac. Après mon traumatisme, j’ai eu un master. Il ne faut donc pas trop se dire qu’après un tel événement, tout est fini, tout s’arrête. La volonté peut déplacer des montagnes et cela, je pense l’avoir prouvé. Il est important de rester positif, de se projeter dans l’avenir et surtout de se donner les moyens. Je suis très optimisme au niveau de la vie professionnelle, mais il est vrai que je me suis peu concentré sur la vie sentimentale donc une femme, des enfants… Tout cela me semble encore loin ! Vivre avec une personne handicapée lorsque l’on est valide n’est pas une chose simple, il faut que cette dernière ait un caractère fort. Mais je ne désespère pas de trouver celle qui me rendra et que je rendrai heureuse !

 

Propos recueillis par Nicolas Valiadis

 

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Commentaires   

 
#1 moaossi 30-07-2013 10:19
hé jc, j'aime bien tes lacets de chaussures :P
thx nico, tjs interessant !! 8)
 

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