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Entretien avec Paul Booth, encre macabre

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« La noirceur du monde est pour moi un champ d’inspiration sans fin »

 

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Trois ans. C’est le temps qu’il vous faudra patienter si vous souhaitez faire partie des heureux élus dont le corps porte la marque inimitable de Paul Booth ! Maître du morbide, l’homme se terre le plus souvent dans l’ombre de son salon de tatouage en forme de cabinet de curiosités. Crânes, squelettes et sculptures de cadavres en tous genres ornent cette oppressante galerie où le prince des ténèbres officie. C’est en utilisant ses aiguilles sur la peau de ses amis du rock extrême Kerry King (Slayer) ou Phil Anselmo (Pantera, Down) que Paul Booth a écrit ses lettres noires de noblesse. Peintre, illustrateur, grand amateur de films d’horreur, le natif du New Jersey s’est forgé un style unique dont la notoriété dépasse aujourd’hui largement le seul domaine du tatouage. Visite aux portes de l’enfer !

 

 

Si votre style de tatouage était un film, il serait….

Evil Dead sans hésiter !

 

Dans votre documentaire, Paul Booth's Last Rites, on découvre des personnes qui n’hésitent pas à passer trois jours devant votre boutique pour vous rencontrer, d’autres qui hurlent votre nom… Est-ce ainsi que vous imaginiez votre vie lorsque vous étiez enfant ?

Non pas du tout ! Même lorsque j’ai débuté le tatouage, c’était plus de l’amusement qu’autre chose, je n’avais aucun plan prédéfini. Petit à petit, j’ai découvert que le style que je m’étais forgé parlait à de nombreuses personnes qui se retrouvaient dans mes tatouages. C’est vrai que le fait d’être acclamé comme une rock star est une chose étrange, mais bien que cela déconcerte, je ne pense pas avoir changé.

 

Le tatouage a-t-il été un prolongement de votre passion pour le dessin ?

J’aimais peindre, dessiner et le tatouage m’est apparu comme une forme d’expression artistique intéressante. Dessiner, encrer un corps en utilisant les courbes, les muscles, les plis de la peau, je trouvais l’idée géniale et je m’y suis donc arrêté. Je pense d’ailleurs que cela est propre à tous les tatoueurs. On y vient souvent par hasard et ensuite on a le déclic ou pas !

 

La peinture et le tatouage sont-ils pour vous des formes d’art assez proches ?

Je pense qu’il y a une démarche beaucoup plus solitaire en ce qui concerne la peinture. Devant une toile, j’ai besoin d’être confronté à moi-même, c’est plus un truc introspectif. Le tatouage est une véritable collaboration avec le client. On met son art au service d’autrui et il faut donc être à son écoute. La personne arrive avec une idée précise ou non de ce qu’elle souhaite et ensuite, c’est à moi de modifier son projet initial en fonction de son corps, de sa peau pour arriver à quelque chose de bien. Puis, je laisse souvent l’énergie du client guider les aiguilles au fil du tatouage pour être, au final, le plus proche de l’idée qu’il s’en était faite au départ. J’ai donc besoin de cet équilibre entre peinture et tatouage.

 

On entend parfois dire que vous être le prince des ténèbres du tatouage. Ce surnom vous sied-il ?

Oh, j’ai entendu beaucoup de choses me concernant ! Prince des ténèbres, maître du macabre… Les surnoms ne manquent pas ! Je ne sais pas ce qui me convient le mieux, mais j’aime assez toutes ces images que les gens ont de moi. J’ai grandi dans un environnement catholique et être entouré ainsi de curés et de bonnes sœurs a crée un effet de rejet important chez moi. J’ai donc pris le contrepied pour m’intéresser plus au mal, au côté sombre qu’à la religion qui, pour moi, est un véritable opium du peuple comme disait Marx. La croyance ou l’incroyance est une chose tout à fait personnelle. Alors, voir une religion organisée me déplait profondément.

 

Pensez-vous que dans l’art en général, le mal est toujours plus intéressant que le bien ?

Le côté sombre de la nature humaine a quelque chose d’intriguant. Il y a beaucoup plus de profondeur émotionnelle dans le mal que dans le bien. La noirceur du monde est pour moi un champ d’inspiration sans fin. Inspirer la peur, laisser échapper sa colère sont des sentiments d’une force inouïe donc inévitablement des sentiments à la puissance inspiratrice énorme. La lumière ne m’intéresse pas, je préfère l’ombre pour y découvrir ce qui s’y cache.

 

Si vous pouviez remonter le temps, qui aimeriez-vous rencontrer ?

Gengis Kahn et les seigneurs de la guerre. En ce qui concerne l’art, De Vinci et Michel-Ange.

 

Comment est née votre passion pour les films d’horreur et en quoi est-ce devenu une source d’inspiration pour vos tatouages ?

J’ai toujours été passionné par les films d’horreur, mais ils restent bien en deçà de la réalité. L’inspiration morbide et sombre de mes tatouages provient plus de ce que je peux voir tous les jours en regardant les infos ou en surfant sur le Net qu’en regardant Evil Dead par exemple. Les films d’horreur sont souvent très drôles, la réalité beaucoup moins !

 

Votre boutique représente parfaitement votre univers et votre style de tatouage. D’où proviennent tous ces crânes, ces sculptures morbides qui vous entourent ?

Tout a été réalisé par des amis. J’avais besoin d’un lieu où je me sente bien pour travailler, une atmosphère oppressante et sombre comme mes tatouages. Alors, j’ai fait appel à des amis sculpteurs pour réaliser un endroit qui me ressemble à 100%. Je crois que c’est réussi non ? Ma boutique est un musée, mais je ne pense pas qu’un lieu rempli de clowns, d’arc-en-ciel et de belles licornes serait propice à mon inspiration.

 

The Last Rites Tattoo Theatre, votre boutique, est un peu votre cabinet des curiosités !

Tout à fait. Les cabinets de curiosités, hélas trop rares aujourd’hui souvent par manque de place, sont des endroits fabuleux. J’aime cette idée d’être entouré par une multitudes d’objets, de choses glanées de-ci de-là et qui, au final, mises bout à bout sont une parfaite représentation de qui vous êtes vraiment. Il se dégage de ces lieux une telle puissance artistique que l’inspiration ne peut qu’en découler.

 

La douleur fait-elle partie du processus du tatouage ?

Un tatouage est quelque chose d’indélébile donc que l’on suppose pensé, réfléchi. C’est à mon avis cette douleur qui rend le tatouage si différent dans sa forme artistique. On connaît d’avance le prix à payer pour voir son corps encré et ce passage douloureux fait partie intégrante du processus. C’est aussi la raison pour laquelle on est ensuite si fier de son tatouage car chacun sait ce qu’il a dû endurer.

 

Kerry King (Slayer) et Phil Anselmo (Pantera, Down) font partie de vos amis proches. Quelle part tient la musique heavy dans votre vie ?

La musique est chez moi une grande source s’inspiration. Plus elle est lourde, brutale, plus elle me parle, me ressemble. Kerry et Phil m’ont contacté pour se faire tatouer et comme j’étais fan de ce qu’ils faisaient avec leurs groupes respectifs, j’ai bien sûr accepté. Un tatouage, puis deux, puis trois… Nous avons bien vite, en raison de nos points communs, dépassé la relation tatoueur/client. Aujourd’hui, lorsqu’ils ont une idée de tatouage, on s’assoit, on boit un verre, on en discute, il y a entre nous un vrai rapport de confiance. Même si la musique est une forme artistique différente du tatouage, je crois que nous sommes vraiment sur la même longueur d’ondes.

 

Dans votre documentaire, on découvre d’ailleurs Kerry King s’essayant au tatouage sur votre jambe…

Oui, c’était très marrant. Ma jambe sert de cobaye, elle raconte des histoires. Kerry s’y est essayé, ma mère m’a tatoué un cœur. C’est un peu la jambe des souvenirs. Concernant Kerry, je crois quand même qu’il a plus d’avenir dans la guitare que dans le tatouage !

 

Et qu’en est-il du concept Reel Terror que vous aviez mis au point avec Phil Anselmo ?

C’est au point mort. Je crois que ni Phil ni moi ne sommes de bons présentateurs. Nous sommes tous deux des fans de l’horreur sous toutes ses formes et des collectionneurs invétérés. Nous voulions donc partager cela par le biais d’une émission de télé. Mais il faut se rendre à l’évidence, la télé et nous, ça fait deux !

 

Réaliser un film d’horreur, comme le fait Rob Zombie qui troque souvent la scène musicale pour passer derrière la caméra, vous tente-t-il ?

Oui, tout a fait. J’ai rédigé un scénario que je garde chez moi. Pour l’instant tout ceci est plus de l’ordre du hobbie que d’autre chose, mais c’est une idée qui me trotte dans la tête et que j’aimerais vraiment pouvoir mener à bout un jour en réalisant un film.

 

Ce serait l’occasion de découvrir Kerry et Phil en zombies !

Ha oui, il faut que j’y pense, mais ce serait une excellente idée !

 

Une anecdote veut que lors du Ozzfest 2006 vous deviez tatouer Ozzy Osbourne. Sa femme, Sharon, vous a entendu parler avec Maynard James Keenan de Tool de votre envie commune de réaliser un grand barbecue avec de la chair humaine. Elle a pris peur et a refusé que vous tatouiez son mari. Est-ce vrai ?

Oui, tout a fait. Je ne sais plus comment nous en sommes venus à parler de cela avec Maynard. Toujours est-il que Sharon devait se trouver non loin de nous et, comme elle ne me connaissait que de réputation, elle a dû prendre notre histoire au sérieux en nous imaginant cannibales.

 

Quelle est votre opinion sur cette mutation actuelle du tatouage qui est passé de marginal à fortement démocratisé ?

J’ai une préférence pour le tatouage marginal, celui du bad boy qui souhaite se démarquer de la société dans laquelle il vit. Le tatouage comme pur ornement corporel n’est pas une chose que j’apprécie. Lorsque je vois des gamins qui souhaitent se faire recouvrir les mains ou le cou comme premier tatouage, cela me fait rigoler. Un tatouage, c’est une partie inhérente de soi, de sa vie. Jeune, j’adorais ce côté rebelle qu’il y a avait dans le tatouage. Malheureusement, cela disparaît aujourd’hui et je trouve cela dommage.

 

Propos recueillis par Nicolas Valiadis

 

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