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Entretien avec Cyrilde Pinard, championne de speedriding

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« Pour résumer, je dis souvent que le speed riding est une forme de ski en 3D ! »

 

cyrildepinard

Parfaite combinaison du parapente et du ski freeride, le speed riding est l’activité idéale pour s’envoyer en l’air au cœur du massif montagneux. À quatre-vingts kilomètres heures en pleine poudreuse, le speed riding offre un champ de sensations infinies entre ciel et terre. Figure de proue de cette discipline de sport extrême, Cyrilde Pinard connaît le fabuleux massif chamoniard sur le bout des spatules depuis sa plus tendre enfance. Monitrice de parapente et amoureuse de fun board, la rideuse a donc tout naturellement plongé dans cette discipline où la décharge d’adrénaline est garantie. En (hors) piste !

 

 

Peux-tu nous expliquer en quoi consiste le speed riding ? 

Le speed riding, c’est tout simplement du ski avec une petite voile de 8 à 13 m2 qui permet de voler lorsque l’on rencontre un obstacle, quel qu’il soit. Cela offre donc des possibilités infinies puisque, muni d’une voile, inutile de descendre en rappel la barre rocheuse qui se dresse devant toi, un petit tour dans les airs et tu te retrouves à nouveau sur la pente. La discipline se pratique donc hors-pistes et nécessite d’être un bon skieur, capable de passer partout. Une petite expérience en parapente ou parachute est un plus pour le bon maniement de la voile. Même s’il est indispensable de passer par une école afin d’acquérir les bases, il faut savoir que l’on prend du plaisir immédiatement même sur une pente-école, tant les sensations entre neige et ciel sont exceptionnelles. On commence généralement avec une voile assez grande avant de diminuer la surface au fur et à mesure pour plus de maniabilité et de vitesse. Pour résumer, je dis souvent que le speed riding est une forme de ski en 3D !

 

Avec un papa guide alpin, tu as dû tester tous les sports liés à la montagne. Pourquoi t’être arrêtée sur le speed riding, discipline encore assez méconnue du grand public ? 

J’ai débuté par le ski toute petite avant de découvrir plus tard le parapente en 1991, discipline dont je suis devenue monitrice à Chamonix. Je n’ai pas tout de suite plongé dans le speed riding, mais un an après l’apparition de cette nouvelle activité, nous avons voulu former une équipe de filles pour les Outdoor Games. C’est à cette occasion que j’ai fait mes débuts avec ce sport et je dois avouer que, dès le départ, cela a été un véritable coup de foudre. Adolescente, j’ai beaucoup pratiqué le funboard qui offre une sensation délicieuse entre ciel et mer. Avec le speed riding, je retrouvais des sensations similaires, mais cette fois-ci entre ciel et terre.

 

Tu as fait beaucoup de parapente puisque tu as occupé pendant plusieurs années le poste de directrice technique des Ailes du Mont-Blanc. Quelles sont les principales différences entre une voile de parapente et une voile de speed riding ? 

Il y a tout d’abord la taille de la voile. Pour le speed riding, celle-ci est beaucoup plus petite puisque, contrairement au parapente, les phases de vol en speed ne servent qu’à éviter les obstacles. Le but étant d’être le plus possible en contact avec la neige à une vitesse qui varie entre 70 et 80 kilomètres/heure. Personnellement, mon plus grand plaisir n’est pas de raser le relief sur des pentes les plus raides possibles pour me faire peur, mais de skier sur des endroits quasiment vierges en abordant la pente à une vitesse de 80 à l’heure. Lorsque l’on touche la neige, il faut poser ses skis en travers pente afin de ralentir sa vitesse, ce qui évite de redécoller illico. Il est donc impératif de savoir correctement manier sa voile pour être le plus possible en contact avec la pente.

 

Si tu devais définir en trois mots les sensations procurées par le speed riding, quels seraient-ils ? 

Une pure décharge d’adrénaline, un voyage entre ciel et terre.

 

Le speed riding permet de skier sur des pentes très raides et dans des endroits quasiment inatteignables. La voile n’est-elle pas néanmoins un handicap pour ressentir les véritables sensations du ski freeride ? 

Les pentes très raides ne sont pas l’idéal, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Pour rester collé au sol, il faut réduire sa vitesse et là, cela devient technique, d’où l’importance d’être un bon, voire très bon skieur. Les pentes abruptes peuvent être drôles, mais c’est alors plus du touch and go qu’autre chose ! Ensuite, tout dépend des conditions de neige et du temps. Hier, il est tombé une magnifique neige fraîche sur le massif et, aujourd’hui, j’ai préféré partir skier en poudreuse sans ma voile afin de profiter de ces conditions exceptionnelles pour les amoureux de freeride. Le speed riding, c’est autre chose ! Les sensations sont vraiment une combinaison du ski et du parapente. En montagne, tu as l’avantage d’avoir pléthore d’activités possibles, donc à toi de savoir ce qui te correspond le mieux en fonction des conditions et des envies du moment.

 

Quels sont à tes yeux les plus beaux spots de speed riding ? 

On va penser que je prêche un peu pour ma paroisse, mais la vallée de Chamonix est à mes yeux l’un des plus merveilleux endroits au monde tant le domaine est vaste et empli de spots magiques, l’Aiguille du Midi par exemple. Personnellement, je préfère ne réaliser que deux grosses descentes dans des endroits quasiment vierges que vingt allers-retours sur les pistes.

 

Les disciplines de sports, disons extrêmes, sont souvent trustées par la gent masculine. Comment es-tu perçue et acceptée dans ce monde d’hommes ? 

Je suis chamoniarde donc, depuis toute petite, je connais la plupart des riders de la station ! Être une fille dans ce milieu de sport extrême trusté par les hommes est plutôt sympa car on est chouchoutée, conseillée. De plus, comme nous n’avons pas la même force ou le même physique qu’eux, il n’y a pas vraiment de rapport de compétition entre nous, mais simplement le partage d’une passion commune pour la montagne et les sports qui en découlent.

Cette discipline n’étant pas sans dangers, quelles sont les bases de sécurité à respecter ? 

Lorsque l’on part pour une virée en speed riding, il faut être aussi vigilant que lorsque l’on s’embarque hors-piste pour du freeride. Il faut donc premièrement vérifier les conditions de neige, les conditions aérologiques et prévoir l’endroit de son atterrissage. Bien sûr, si sur une pente un peu raide, tu te poses sur une plaque qui part, tu peux toujours tirer sur ta voile pour éviter d’être pris dans l’avalanche, mais il est préférable d’éviter de trop jouer avec le feu. Dans le cas où tu es pris dans la coulée sans parvenir à décoller, la voile te tire vers le bas et, dans ce cas, les chances d’en ressortir sont minimes. Le speed riding demande d’être bien dans sa tête dans la mesure où cela va très vite, il faut être constamment vigilant et donc penser à autre chose qu’à ses skis ou sa voile à 80 kilomètres/heures peut vite devenir dangereux. Il faut savoir anticiper et, bien sûr, être physiquement en bonne forme.

 

L’accident, est-ce une chose à laquelle tu penses ?

On y pense forcément, mais avant et surtout pas pendant le vol. Il faut tout mettre en place pour minimiser les risques et s’octroyer des marges de sécurité en fonction de son niveau. J’ai une vie à côté et je ne souhaite ni me faire mal, ni me faire peur. La performance passe après ! Le speed riding permet une parfaite connaissance de soi-même afin de ne pas franchir ses limites et éviter ainsi l’accident.

 

Tu es très engagée pour la protection de la nature et de l’environnement. Le speed riding est-il un merveilleux moyen de faire corps avec le massif alpin et de le découvrir dans toute sa splendeur ?

Tout à fait. Cela te permet d’atteindre des endroits qui demanderaient une grosse logistique en ski et d’être en totale communion avec ton environnement sur terre comme dans les airs. La voile t’octroie également la possibilité de voler dans un silence total et de prendre de la hauteur pour découvrir un panorama exceptionnel qu’hélas, tu ne fais qu’entrapercevoir du sol. Le fait de pouvoir passer, comme cela, en une fraction de seconde, de la poudreuse au ciel, d’une barre rocheuse que tu survoles à une neige fraîchement tombée, t’offre une panoplie de sensations réellement incroyables dans un élément d’une beauté totale.

 

L’expédition « The Wilde Line » que tu avais montée en 2010 n’a hélas pas pu aller à son terme pour cause de mauvais temps. Comptes-tu réitérer la chose ou préparer une nouvelle aventure ?

Je tente de monter actuellement un projet sur deux ou trois ans, constitué d’environ trois ou quatre voyages annuels, afin d’ouvrir des lignes pas encore tracées en speed riding. Je vais commencer par la péninsule du Kamchatka à l’extrême-est de la Russie en avril avant de partir pour un ride en Bolivie cet été. Concernant « The Wilde Line » qui devait me permettre de descendre le Mustagh Ata qui culmine à 7 546 m pour un ride de huit à neuf minutes de pur plaisir, les conditions météo ne nous ont hélas par permis d’aller au bout de l’aventure. Mais comme je suis têtue, rien ne dit que je ne retenterai pas l’expérience !

 

Propos recueillis par Nicolas Valiadis

 

 

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