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Entretien avec Nathalie Arthaud, candidate Lutte Ouvrière à l’élection présidentielle 2012

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« Si Johnny Hallyday peut quitter la France avec sa guitare sous le bras, pour Total ce sera plus compliqué. »

 

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Mouvement né de David Korner qui, en 1936, rallie les trotskistes français, Lutte Ouvrière s’est toujours imposé comme le parti de la révolution. Si LO a depuis traversé les décennies en soutenant dans leurs luttes les travailleurs face au système capitaliste, c’est surtout grâce au capital sympathie de sa légendaire porte-parole Arlette Laguiller, candidate à l’élection présidentielle entre 1973 et 2007. Pour reprendre le flambeau, Nathalie Arthaud, enseignante d’économie, compte que la crise actuelle se traduise dans les urnes par un soutien massif des travailleurs à ce parti d’extrême gauche. Pour Agents d’Entretiens, elle nous en explique les raisons.

 

 

1000 chômeurs de plus par jour en France actuellement, cela vous inspire quoi ?

Il faut tout simplement interdire les licenciements et imposer au patronat de répartir le travail entre tous sans diminution de salaire. Quand on voit aujourd’hui les usines françaises qui ferment les unes après les autres, on se dit que l’on est là confronté à une hémorragie de fermeture d’entreprises qui est, à chaque fois, le résultat d’un choix, celui de préserver le taux de profit pour satisfaire les actionnaires. Il n’est pas question là d’être acculé à la faillite puisque ces licenciements ne se justifient pas par une difficulté économique, mais par le désir d’une rentabilité toujours accrue.

 

Une réunion au sommet du Chef de l’État en compagnie des partenaires sociaux, n’est-ce pas un cautère sur une jambe de bois ?

Totalement ! Il a organisé cette mascarade pour faire quelques déclarations, mais ce n’étaient que des annonces de pures formes. À trois mois du premier tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy veut donner l’impression de prendre le problème à bras-le-corps et se positionne comme un candidat dans la course à l’Élysée. Cette mascarade ne change en rien le bilan désastreux de son quinquennat.

 

Arlette Laguiller était une femme dont le capital sympathie auprès des Français dépassait largement les idées qu’elle véhiculait. Lui succéder à la tête de lutte ouvrière dans l’aventure présidentielle n’est-il pas un costume lourd à endosser ?

Non ! La popularité d’Arlette Laguiller dans les milieux populaires était aussi liée aux idées et au programme qu’elle portait. J’essaye donc aujourd’hui d’apporter une continuité dans le combat qui a été le sien pendant de nombreuses années. C’est, je l’avoue, une lourde responsabilité, mais Arlette, de ce point de vue là, m’a ouvert la voix. J’espère donc hériter en partie du crédit que beaucoup lui accordent dans le fait que nous sommes un parti intègre, fidèle à ses convictions, à ses idées et au camp des travailleurs.

 

Faut-il être en quelque sorte adoubé par ses pairs afin d’entrer en politique ? 

Pas chez nous ! Nous sommes un parti de militants avant tout. Je me sens d’ailleurs plus militante que candidate. Au sein de Lutte Ouvrière, les militants qui ont envie de prendre des responsabilités le peuvent car tout est à construire. Chez nous, il n’y a pas de titre. Nous ne cherchons pas une place au soleil, mais à changer la société. En cela Lutte Ouvrière n’est pas un panier de crabes comme beaucoup de partis où seule la carrière personnelle compte.

 

Depuis l’explosion du bloc communiste au début des années quatre-vingt-dix, comment peut-on se réclamer d’un système qui, comme on a pu le constater, ne fonctionne pas ?

Si je peux me dire trotskiste, c’est parce que Trotsky a combattu la dictature stalinienne et toute cette bureaucratie qui mettait en péril le combat des révolutionnaires. Je crois profondément que tous les régimes qui se parent de l’étiquette communiste ne sont que des caricatures loin de l’idéal de Marx et de Lénine. Trotsky n’était pas un homme seul, il représentait un courant qui se battait pour le communisme contre le stalinisme.

 

Dans votre programme, vous proposez d’imposer une augmentation des salaires ! Comment comptez-vous financer cette augmentation qui, selon vous, se chiffrerait à combien ? 

Je souhaite déjà que le SMIC passe à 1 700 euros net. Je reprends là une mesure indispensable qui est défendue à juste titre par les syndicats. Qui aujourd’hui peut se loger, se nourrir dignement avec un SMIC ? Personne ! Concernant le fait de chiffrer ce que coûteraient ces augmentations, cette question ne me concerne pas. C’est au patronat de payer ! Dans tous les grands groupes il y a de l’argent pour payer aux PDG des salaires exorbitants, pour assurer des opérations spéculatives sur les marchés boursiers… L’argent, il y en a mais pas au bon endroit. La moindre des choses est qu’un travailleur puisse vivre de son salaire. Il faut une augmentation des bas salaires susceptible de rattraper l’inflation des prix. Cela coûtera effectivement cher, mais ce n’est ni à l’État, ni aux travailleurs mais au patronat d’en assumer le coût ! Pensez-vous réellement que les patrons, lorsqu’ils mettent dehors des ouvriers afin d’engranger toujours plus de bénéfices, se soucient de savoir comment ces hommes et ces femmes vont vivre ? Personnellement, je ne le crois pas ! Y a-t-il un chiffrage de la catastrophe sociale ! Lorsqu’une usine ferme, c’est parfois toute une ville ou une région qui est frappée. Combien cela coûte-t-il à la municipalité ? Jamais les patrons ne se soucient de cela !

 

Créer des emplois, augmenter les salaires, construire des logements pour tous… Si, sur le papier, toutes ces mesures semblent merveilleuses, comment concrètement rendre cela effectif alors que les caisses de l’État sont désespérément vides ?

Ne confondons pas les caisses de l’Etat et celle de la bourgeoisie ! Les caisses de l’état ont été vidées par la bourgeoisie qui, elle, possède des vraies fortunes. Il faut prendre l’argent là où il est, chez les bourgeois ! Supprimer le secret bancaire et industriel pour savoir ce qu’ont dans les caisses les entreprises est également une mesure nécessaire. Combien d’argent va aux actionnaires, combien est réinvesti, comment sont signés les contrats de sous-traitance ? Tout cela reste hélas entouré de mystère ! Je suis sûre que là, on en découvrirait de l’argent. Les marchés financiers aspirent des milliards tous les jours. Cela ne me choque pas d’imaginer que, s’il manquait de l’argent dans une entreprise, il soit légitime d’aller puiser dans les fortunes privées qui ne sont que l’accumulation du travail collectif.

 

Dénoncer les inégalités, c’est une chose. Mais demain, si vous êtes élue, comment lutterez-vous concrètement contre ces dernières dans un système où les principales décisions sont prises au niveau européen et où face au pouvoir économique et financier, le rôle du chef de l’État est plus que limité ?

Les vraies décisions sont prises dans les conseils d’administration. Ce sont ces décisions qui ont un impact sur nos vies et c’est ce pouvoir-là que je conteste. Je conteste le droit de vie et de mort que les gros actionnaires ont sur les usines. Ils décident ainsi de la vie des travailleurs ! Prendre le pouvoir signifierait que les travailleurs contrôlent les entreprises et les dirigent eux-mêmes, qu’ils contrôlent y compris les fortunes privées. Et que l’on ne nous dise pas que les riches vont partir et qu’on ne peut rien faire ! Regardez comment Ben Ali et Moubarak ont vu leur compte mis sous séquestre alors qu’ils se croyaient intouchables ! Si Johnny Hallyday peut quitter la France avec sa guitare sous le bras, pour Total ce sera plus compliqué.

 

Votre programme est certainement celui de tous les candidats qui offre le moins de propositions. Par exemple, on n’y trouve aucune mesure concrète pour sortir de la crise économique qui sévit actuellement dans le monde occidental, ni aucune mesure afin de réduire le déficit budgétaire de l’État alors que vous êtes vous-même professeur d’économie. Comment l’expliquer ? 

On ne peut pas empêcher les crises dans ce système, puisque ces dernières sont intrinsèques au capitalisme qui est ni plus ni moins qu’une économie non organisée. Ce système repose sur la collision hasardeuse de milliards d’initiatives individuelles, une véritable loi de la jungle et une économie basée sur la spéculation. Nous sommes Marxistes donc nous pensons que ce système ne peut pas fonctionner. Cette crise structurelle, nous n’en sortirons pas ! Le développement du capital exige plus de ventes et de consommateurs d’un côté et, de l’autre, il exige plus d’exploitation et l’appauvrissement des classes populaires, ce qui est contradictoire. Les bulles spéculatives, on les a vues grossir depuis le début les années quatre-vingt en sachant très bien qu’un jour ou l’autre, tout cela finirait par exploser. Et pourtant, personne n’a bougé ! Moi, mon programme c’est que les travailleurs ne payent pas les conséquences de la crise.

 

Lutte Ouvrière n’est-il pas en définitive un parti de contestation plus qu’un parti voué au pouvoir ? 

Je ne le pense pas car je milite pour la révolution ! Je reste persuadée que les millions de travailleurs qui se mettront en mouvement en se mobilisant feront émerger un nouveau pouvoir. Je n’ai par ailleurs aucun doute sur le fait que les ouvriers prendront la rue un jour, même si, à mon sens, cela tarde trop. Être révolutionnaire, ce n’est pas une étiquette ! La révolution française, la commune ou le début de la révolution russe ne sont pas des événements si éloignés et cela montre que tout est possible si le peuple se révolte.

 

Léon Trotsky disait dans Les questions du mode de vie, II, 1923 : « Lorsqu’un problème est clairement et judicieusement posé, on trouve toujours des hommes capables de le résoudre. » Le problème de la crise économique et financière actuelle est-il mal posé ou les hommes politiques sont-ils devenus des incapables ? 

Le problème est bien évidemment mal posé. La seule question est de savoir aujourd’hui comment se débarrasser de cette économie capitaliste. Après, vous dire précisément quand une société portée à ébullition va déborder, je ne sais pas ! Mais j’y crois. Sortir dans la rue n’est pas ce qu’il y a de plus difficile massivement. Mais cela ne suffit pas pour faire bouger les choses. Il faut encore savoir comment se battre, comment s’organiser, comment développer le combat. C’est ce à quoi nous nous employons !

 

Comment expliquer qu’au-delà du trublion Mélanchon dont se délectent les médias nationaux, les « petits » candidats aient si peu droit de cité ? 

Prochainement les médias vont devoir inviter plus de petits candidats car ils y seront obligés par le CSA. Cette situation actuelle est le reflet que les moyens médiatiques sont sous le pouvoir du capital. Ce sont les annonceurs qui ont du poids pas les lecteurs !

 

Propos recueillis par Nicolas Valiadis

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