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Entretien avec Stéphane Guyot, président du Parti du Vote Blanc

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« J’ai passé deux heures chez RMC afin de faire entendre ma voix pour qu’au final, on me réponde que sans star du show-business à mes côtés pour soutenir ma campagne, je ne les intéressais pas ! »

 

stephaneguyot

Candidat à l’élection présidentielle 2012, Stéphane Guyot clame haut et fort qu’en cas de victoire, il sera immédiatement démissionnaire de son poste de président de la République. Étonnant ? Pas vraiment, puisque la seule et unique volonté de cet agent immobilier de 42 ans est que le vote blanc soit enfin reconnu dans une société où nos concitoyens se détournent de plus en plus de la politique et sont plus animés par l’idée d’un vote sanction que par une quelconque adhésion au programme d’un candidat. Même si la reconnaissance du vote blanc ne semble hélas pas encore pour demain, gageons que cette action qui fait boule de neige par le biais des réseaux sociaux s’imposera bientôt dans le sérail du pouvoir !

 

 

Vous êtes agent immobilier, marié et père de trois enfants. Quelles ont été vos motivations pour vous lancer dans ce combat pour la reconnaissance du vote blanc ?

Pour la première fois, j’ai identifié ma motivation de soutenir le vote blanc en 1995, lors du duel Chirac/Jospin au second tour de l’élection présidentielle. Je ne me retrouvais dans aucun des programmes des deux candidats mais, malheureusement, je ne pouvais exprimer cette opinion tout en effectuant mon devoir de citoyen puisque le vote blanc est, en France, assimilé à un vote fantôme. À cette époque, j’avais 26 ans et, même si j’ai écrit quelques réflexions sur la question du vote blanc, il faut dire que j’étais plus focalisé sur ma vie de famille et ma vie professionnelle que sur un quelconque engagement politique. J’ai mis cette idée dans un coin de ma tête pour la ressortir en mars 2010 lors des élections régionales, où le taux d’abstention était proche de 60 %. Là, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose car les citoyens ne se retrouvaient plus dans la politique proposée par les candidats. Ils fuyaient les urnes et cette base de la démocratie qu’est le droit de vote. Selon moi, la réponse à ce ras-le-bol général des Français face à des gouvernements successifs incapables de répondre à leurs attentes passait par la reconnaissance du vote blanc. Avec quelques amis et par le biais de réseaux sociaux, je me suis donc lancé dans la création d’un mouvement qui, je l’espère, parviendra à imposer une discussion autour de cette problématique du vote blanc afin de faire avancer la politique vers un peu plus de démocratie.

 

Vous dites que l’abstention représente une contestation politique, mais n’est-ce pas plutôt l’illustration d’un profond désintérêt des Français pour la politique ?

L’abstention que l’on constate de plus en plus forte à chaque élection est effectivement nourrie par un désintérêt croissant de la population pour la politique et surtout, pour ceux qui la représentent. Une part de ces abstentionnistes, dont le nombre est difficile à évaluer, ne souhaite simplement pas donner sa voix à n’importe qui en votant pour celui ou celle qui, dans l’absolu, offre le choix le moins pire. Les citoyens considèrent bien souvent ne pas avoir le choix ! C’est un peu comme un parent qui veut à tout prix faire manger un yaourt à son enfant qui n’aime pas les laitages. Il lui propose d’opter soit pour celui à la fraise, à la framboise ou à la pêche. L’enfant finira par céder en choisissant l’un des parfums en imaginant avoir le choix. C’est un choix illusoire puisqu’en définitive, tous ces yaourts sont des laitages, laitages que l’enfant n’aime pas ! En politique, ce choix illusoire existe également, mais je reste persuadé que la reconnaissance du vote blanc pousserait inexorablement plus de personnes à se déplacer aux urnes lors d’élections, afin que leur mécontentement soit officiellement pris en compte.

 

Même si le vote blanc doit en effet être pris en considération, le premier tour de l’élection présidentielle présente de nombreux candidats avec des programmes, largement différents sur le papier. Le vote blanc n’est-il pas, dans l’absolu, plus utile au second tour qu’au premier ?

Le vote blanc a son utilité à n’importe quel moment de l’élection, même s’il a un côté idéaliste. Voter, c’est donner sa voix à un candidat que l’on a envie de soutenir, dans lequel on se retrouve au niveau du programme, des propositions, de la dynamique. Si, pour l’élection présidentielle prochaine, on se retrouve avec 15 où 20 candidats au premier tour, cela sera une bonne chose qui prouvera que la France a de la matière grise, des idées pour sortir le pays de la crise, ce qui n’est pas un mal en soi. Attention, je ne dis pas qu’il faut voter blanc, je souhaite juste que cela soit possible et surtout reconnu !

 

Diminuer le nombre de signatures obligatoires pour se présenter, comme le voulait le général de Gaulle, afin que non les maires, mais les Français puissent choisir ne serait-il pas une mesure plus significative que le vote blanc afin de relancer l’intérêt de nos concitoyens pour la politique ?

Le système de parrainage est complètement décalé face à la réalité des électeurs. Il faut comprendre qu’obtenir 500 signatures pour être officiellement candidat à l’élection présidentielle est une chose quasiment impossible pour ceux que l’on nomme les « petits » candidats. Les maires n’ont pas les mains libres car, s’ils vont à l’encontre des directives mises en place par le parti politique auquel ils appartiennent, ils sont conscients qu’ils risquent alors des sanctions. Autant que faire se peut, les maires tentent donc de se dédouaner. Il faudrait tout d’abord que les parrainages de maires soient anonymes afin d’aider à la liberté d’expression, aujourd’hui fortement entravée par notre système. Il faut bien comprendre que les maires sont les élus d’une commune. Ils sont là pour répondre aux attentes de leurs électeurs et non pour décider de qui doit ou non se présenter à l’élection présidentielle. Leur mission est locale et non nationale ! Je crois qu’il serait temps de réfléchir à un autre système, comme le parrainage citoyen. À partir d’un certain nombre de signatures recueillies auprès des électeurs potentiels, telle personnalité politique serait naturellement désignée comme candidate. Bientôt, notre système électoral ressemblera à celui des États-Unis ou la bataille Républicains/Conservateurs sera remplacée par un duel UMP/PS. Mais est-ce cela la véritable démocratie ?

 

Vous souhaitez justement jeter les bases d’une vraie démocratie. Si demain, vous êtes élu, vous faites quoi ?

Rêvons un peu ! Si au soir du 6 mai, je suis élu, je démissionne bien évidemment car mon but n’est pas de prendre le pouvoir. Dans l’intervalle pour organiser de nouvelles élections présidentielles, j’organise un référendum afin que les Français puissent se prononcer par les urnes pour ou contre le vote blanc. C’est à mon sens la meilleure méthode si l’on souhaite que notre pays soit une vraie démocratie. Mais bon, ne soyons pas utopiques, réussir à recueillir les 500 signatures afin d’être au premier tour serait déjà merveilleux et permettrait que les politiques n’éludent plus le sujet du vote blanc. Redonner la parole aux électeurs, c’est les réconcilier avec l’acte de vote. Alors, se rendre aux urnes sera peut-être une marque d’adhésion et non plus de sanction.

 

La démocratie ne passerait-elle pas par le fait de donner la parole à tous les candidats potentiels, et non pas uniquement ceux dont nous abreuvent les grands médias, afin d’opérer un véritable choix ?

J’ai passé deux heures chez RMC afin de faire entendre ma voix pour qu’au final, on me réponde que sans star du show-business à mes côtés pour soutenir ma campagne, je ne les intéressais pas ! J’ai également essuyé un refus de la part d’Ouest France qui, visiblement, ne voit pas l’intérêt de parler des « petits ». France 2 m’a fourni exactement la même réponse. Alors je demande : est-ce cela la vraie démocratie ? Je pense que les électeurs ont le droit de savoir que la campagne ne se limite pas à un duel Sarkozy/Hollande. Cette omertà tend à prouver que les petits candidats resteront toujours dans l’ombre et que la politique telle qu’on la connaît aujourd’hui à encore de beaux jours devant elle. Il n’y a, à mon sens, plus de logique journalistique puisqu’aucun de ceux qui travaillent sur les médias nationaux ne fait l’effort de sortir des sentiers battus afin d’y voir ce qui s’y passe. Les choses sont très bien écrites. Les médias ne proposent aux citoyens que les deux grands courants de pensées UMP/PS qui se partagent le gâteau. Ensuite, pour faire trembler dans les chaumières, on agite le chiffon rouge que symbolise le Front national ou bien encore, pour botter en touche, on parle des Verts qui, depuis longtemps, sont plus roses que verts. Ce sont en définitive des arrangements entre amis. Tout le reste est présenté de manière anecdotique pour amuser la galerie et faire croire que la démocratie existe encore en France. Personnellement, c’est contre cette sclérose que je m’oppose. Entre cette valse politique entre amis et un cumul des mandats qui permet de tout verrouiller, comment voulez-vous que la politique puisse avancer ?

 

Quel est le discours des maires que vous démarchez pour obtenir leur signature ?

Pour eux, la démarche est tellement décalée qu’elle n’entre pas dans leur mode de pensée. On ne se présente pas à la présidentielle avec un non-programme ! Les maires que je rencontre extraient quelques points de mes propositions et s’arrêtent là, sans aller au bout de l’idée. Ils ne sont pas opposés au vote blanc, bien au contraire, mais pour qu’ils s’engagent, c’est une autre histoire ! Je mets souvent le vote blanc en regard du droit de vote des femmes qui, en 1944, a été la dernière véritable mesure démocratique. Je pense que dix années auparavant, le droit de vote des femmes semblait tout simplement impossible. Et puis, à force de mettre la question sur la table, la mesure a fini par faire son chemin pour enfin être votée. Je pense que le vote blanc devrait suivre le même processus. Sa reconnaissance n’est hélas pas pour demain, mais si nous sommes de plus en plus nombreux à en parler, les politiques devront bien finir par nous entendre.

 

Un candidat comme François Asselineau, du parti UPR, a inclus la reconnaissance du vote blanc dans son programme. Pourquoi ne pas vous ralliez à un candidat qui a un programme plutôt que n’être le candidat QUE du vote blanc ?

Beaucoup de candidats proposent le vote blanc ! Ils ont tous leurs propres revendications, parfois originales ou pertinentes. Nous sommes au-delà des dogmes et des programmes politiques, puisque nous parlons là d’un outil démocratique. Nous ne souhaitons pas nous rallier pour autant à une idée politique précise, et c’est la raison pour laquelle nous devons rester neutres.

 

 

Propos recueillis par Nicolas Valiadis

 


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Commentaires   

 
#2 martins-amado 27-02-2012 10:07
Laura à raison, il est inadmissible que le vote blanc ne soit pas reconnu pour les décus de nos dirigeants qu'ils le soient ou non !
 
 
+1 #1 laura 18-01-2012 20:04
Merci pour cet entretien.

Je comprends le message de cette personne et leur volonté de ne pas s'allier à un parti politique.

J'aime beaucoup l'image qui est faite avec le droit de vote des femmes.

Pourquoi ce parti ne communique pas sur la liste des partis qui se sont engagés à mettre en place le vote blanc ??
Cela aurait au moins le mérite de mettre en avant ceux qui ne veulent pas le reconnaitre.

Je conseille en tout cas à cette personne de regarder attentivement le programme de francois asselineau, en dela du vote blanc, je crois que c'est l'esprit de la démocratie qu'il pourra retrouver... :D :D
 

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