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Entretien avec Thierry Roland, une rétrospective footballistique

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« Je reste persuadé que pour ce France-RFA de 1982, Schumacher était chargé comme une mule ! »

 

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Évoquer l’épopée de l’équipe de France de football en omettant de citer Thierry Roland serait un quasi-crime ! Depuis les années 1960 et sa première Coupe du monde commentée au Chili, l’homme à la gouaille légendaire a connu aux côtés de ses amis Bleus les rires comme les larmes, les désillusions comme les titres de gloire. À 74 ans et toujours derrière le micro pour partager avec le public sa passion du ballon rond, Thierry Roland publie aujourd’hui Les grandes années du football : les années 80. L’occasion d'aborder en sa compagnie un nostalgique flash-back sur la demi-finale de Séville 1982, son ami Michel Platini, les France-Brésil de légende, le Graal de la Coupe du monde 1998 sans oublier ses tirs à boulets rouges sur les arbitres, les sales gosses de Knysna ou l’ancien patron des sports de TF1, Charles Villeneuve, que ce cher Thierry ne porte pas, mais alors vraiment pas, dans son cœur !


La pathétique épopée de l’équipe de France en Afrique du Sud, les insultes d’Anelka et la pseudo-grève de Knysna, quel regard avez-vous porté sur ces événements pitoyables du football français ? 

Cela fut sans conteste la période la plus épouvantable du football français ! Je compare d’ailleurs cela à un tsunami footballistique. J’étais en Afrique du Sud pour cette coupe de monde et lorsque, chaque jour, vous découvrez la presse étrangère qui relate les aventures extra-sportives de ces sales gosses, je peux vous assurer que vous avez, à ce moment précis, honte d’être français ! Le problème provient grandement du choix de Domenech qui a décidé d’enlever le brassard de capitaine à Thierry Henry pour le donner à Patrice Evra. Les meneurs de cette pseudo-mutinerie se nommaient alors Evra, Anelka et Ribéry. Aujourd’hui encore, je ne comprends pas pourquoi ces joueurs qui se sont comportés de manière si peu sportive ont été rappelés en équipe de France. J’avoue que cracher sur un maillot que tant ont honoré avant eux et revenir sous le feu des projecteurs est un concept qui m’échappe totalement !

 

Comment avez-vous vécu ce drame qu’a été pour tous les Français la demi-finale France-Allemagne de 1982 ? 

C’est, de loin, le match le plus intense qu’il m’ait été donné de commenter. Il y a eu dans cette rencontre toutes les émotions les plus fortes que peut vous apporter le football. Joie, rire, larmes… Le panel complet y est passé ! Tout a été extraordinaire, sauf le dénouement, bien entendu. Étonnamment, malgré le goût amer de l’élimination, c’est certainement le match que j’ai revu le plus grand nombre de fois. Lorsque j’en discute avec Alain Giresse, il me dit que je dois être maso. Lui m’a avoué ne l’avoir revu qu’une seule fois et s’être arrêté à 3-1 !

 

Et l’attentat de Schumacher sur Patrick Battiston ? 

C’était un moment très étrange. On ne s’est pas rendu compte tout de suite de la gravité de sa blessure. Nous ne sommes pourtant pas passés loin du drame puisque, sous le choc, Patrick a failli avaler sa langue et aurait pu y laisser la vie ! En même temps, tout le monde suivait le ballon que l’on imaginait déjà aller au fond des filets et qui, malheureusement, est passé à quelques centimètres du poteau. On ne peut blâmer l’arbitre central qui, comme nous, suivait la course folle du cuir, mais plutôt l’arbitre de touche qui, lui, a tout vu, et aurait dû faire exclure Schumacher et accorder un penalty aux bleus. Je reste persuadé que pour ce France-RFA de 1982, Schumacher était chargé comme une mule ! Dès le début de la rencontre, il était très agressif et ne cessait de frapper ses poteaux, ce qui m’a tout de suite laissé penser qu’il n’était pas dans son état normal !

 

Ce franc-parler légendaire qui est le vôtre me rappelle l’incident télévisé lorsque, pour un match Bulgarie-France, vous avez traité l’arbitre de salaud ! 

C’était pour le premier match des Bleus sous l’ère Hidalgo pour les qualifications au Mondial 1978. Le match se passait à Sofia et le public du stade était survolté. Après une égalisation bulgare – malgré un hors-jeu de cinq mètres et un penalty flagrant refusé à Michel Platini –, l’arbitre, Monsieur Foote, dont le nom n’était hélas pas prédestiné, siffle un penalty pour l’équipe bulgare suite à une faute imaginaire de Max Bossis. Là je n’ai pu m’empêcher de dire : « Monsieur Foote, vous êtes un salaud ! » Il y a quand même une justice puisque le penalty fut manqué. Nous étions en 1976 et, heureusement pour moi, les portables n’existaient pas, ce qui me rendait injoignable par mes supérieurs. Je suis rentré dans la nuit avec l’équipe de France. Michel Hidalgo, qui avait entendu parler de l’incident, m’a soutenu et m’a dit que tous les Bleus me couvriraient auprès de ma direction, ce qui m’a fortement touché. J’ai revu le fameux Monsieur Foote des années plus tard. Il m’a avoué qu’il avait eu si peur de se faire lyncher par le public de Sofia dans ce stade chauffé à blanc que son arbitrage avait, en seconde mi-temps, largement favorisé l’équipe bulgare.

 

Dans votre rétrospective du football des années quatre-vingt, vous déclarez : « Michel Platini est le plus grand joueur que le football français ait produit. » La carrière menée par Zidane ne vous a pas convaincue ?

Bien entendu, la carrière de Zidane a été magnifique, mais celle de Platini m’a encore davantage convaincu ! Michel qui jouait numéro 10 – et donc meneur de jeu – a quand même fini trois années de suite meilleur buteur du Calcio, ce qui est tout simplement magistral ! Michel Platini est un homme que j’aime beaucoup et à qui je voue une profonde et sincère admiration. Le seul point où nos opinions divergent, c’est sur l’utilisation de la vidéo qui, selon moi, éviterait bien des situations litigieuses et susceptibles de biaiser l’issue d’un match. Hormis ce léger différent, je trouve que Michel est un très bon président de l’UEFA. Je suis d’ailleurs persuadé qu’il finira prochainement président de la FIFA. Sepp Blatter, qui a reçu l’appui de Platini pour accéder à ce poste, devrait bientôt lui rendre la pareille !

 

En 1986, quatre ans après la désillusion de Séville, on se dit, a posteriori, que cela aurait dû être la Coupe du monde des Bleus, non ?

Cela aurait dû l’être effectivement, sauf qu’après le quart de finale légendaire contre le Brésil gagné sur le dernier penalty de Luis Fernandez, les joueurs n’avaient plus de jus pour leur demi contre l’Allemagne ! Ce quart contre le Brésil reste à ce jour une merveille footballistique. Un jeu à une touche de balle, des gestes techniques incroyables, des joueurs de légende… Sans nul doute, l'un des plus beaux matches que la France ait livré en Coupe du monde. Le seul hic, c’est qu’en 1986, Platini, comme il l’a reconnu lui-même, n’était pas à 100 % de ses capacités.

 

La coupe du monde 1998, c'est un peu le grand et beau film par excellence ! 

Bien sûr, même si je reste persuadé que si l’équipe emmenée par Platini avait pu disputer une Coupe du monde en France, elle l’aurait gagnée ! Ces bleus des années 1980 étaient collectivement bien meilleurs que ceux de Deschamps et Zidane. 1998 reste néanmoins un merveilleux souvenir, un aboutissement, après toutes ces années où la coupe avait été à la fois si proche et si lointaine. Mais il faut quand même reconnaître que l’équipe d’Aimé Jacquet a bénéficié de circonstances qui ont facilité ce titre. Un premier tour dans un groupe très facile, une victoire en huitième sur un but en or en fin de prolongation signé Laurent Blanc, un quart contre l’Italie qui se joue à rien puisque, pour une fois, on gagne aux penalties, une demi-finale avec deux buts venus de nulle part signés Thuram (qui n’en avait jamais mis auparavant et n’en remettra plus après) et enfin, une finale où l’on avait l’impression de voir évoluer l’équipe réserve du Brésil… Mais bon, enfin l’équipe de France se saisissait d’un Graal qui l’avait fui pendant de si nombreuses années !

 

Personnellement, comment avez-vous encaissé votre licenciement de TF1 après tant d'années de bons et loyaux services ? 

J’avoue que j’ai été quelque peu surpris par cette décision. Lorsque je suis revenu du championnat d’Europe de 2004, j’avais alors 68 ans, je me suis ouvert à mes patrons afin d’envisager l’avenir. Ils m’ont alors répondu que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes et que mon contrat irait au moins jusqu’à la Coupe du monde 2006. Je suis donc parti en vacances et, à mon retour, j’ai été convoqué par Étienne Mougeotte, avec lequel je suis ami, et qui m’a annoncé que la chaîne venait d’engager le regretté Thierry Gilardi dont j’avais déjà évoqué le nom pour me remplacer à l’antenne. La décision venait visiblement de Patrick Le Lay, à l’époque PDG de TF1, qui menait une guéguerre contre Canal Plus, les deux chaînes se disputant les droits du foot. J’ai alors pris une courte retraite et puis, fait du hasard, j’habite au second étage d’un immeuble où le troisième est occupé par Nicolas de Tavernost, président de M6. Un jour, comme souvent, il a croisé mon fils dans l’escalier et lui a dit que lui et moi allions bientôt travailler ensemble. C’est comme cela que j’ai appris que M6 souhaitait m’engager !

 

Charles Villeneuve, Jean-Claude Dassier, Charles Biétry, Christophe Bouchet… Les journalistes à la tête de clubs de L1, ça vous inspire quoi ?

C’est vrai qu’il y a eu cette pseudo-mode des hommes issus du giron journalistique à la tête de grands clubs, mais les résultats ont été loin d’être probants ! Concernant les personnes citées, autant Jean-Claude Dassier est un homme que je respecte et pour qui j’ai de l’amitié, autant Charles Villeneuve est un incompétent qui ne mérite pas la peine que l’on y prête attention. Il a été le plus mauvais directeur des sports qu’il m’ait été donné de rencontrer. C’est tout juste s’il savait que le football se jouait avec un ballon rond ! Il était donc aussi apte à devenir directeur des sports d’une chaîne que moi danseur d’opéra !

 

Comment expliquer alors qu’il ait accédé à de telles fonctions ? 

C’est un homme culotté, manipulateur et menteur comme un arracheur de dents… Vous le virez par la porte et il revient par la fenêtre ! Lorsqu’il a été nommé au PSG, j’avais parié qu’à Noël, il n’y serait plus. Bon, je me suis trompé de quinze jours !

 

Quelles sont vos cinq plus grandes émotions footballistiques ?

La demi-finale de Séville dont on a parlé. La carrière de Pelé, le plus grand joueur que la Terre ait produit à ce jour. La carrière de Michel Platini que j’aime en tant que joueur et en tant qu’homme. La victoire en finale de coupe du monde 1998. Et pour finir, un lot avec les deux titres de champion d’Europe 1984 et 2000 et la victoire de l’OM en Champion’s League en 1993 avec le but de Basile Boli.

 

Et cinq joueurs ! 

Si l’on excepte les deux légendes que sont donc à mes yeux Pelé et Platini, je dirais : Johann Cruff, Franz Beckenbauer, Alfredo di Stéfano, Lev Yachine et Ferenc Puskas. Concernant le football actuel, on ne peut qu’être émerveillé par le talent hors-norme de Lionel Messi.

 

Vos cinq plus grandes désillusions ? 

La vie de Maradona qui était un grand footballeur, mais un voyou dans l’âme. Le comportement de la plus grande partie des joueurs d’aujourd’hui qui trichent. Ils sont devenus des comédiens qui s’envolent à dix mètres dès qu’on les effleure, ce qui biaise souvent les décisions des arbitres et donc, l’issue d’un match. Le fait qu’il y ait aujourd’hui bien trop d’argent dans le milieu du foot. Voir un Ribéry toucher 300 000 euros par semaine a quelque chose d’obscène. La dérive footballistique due aux enjeux financiers. Lorsque je vois que le Qatar, un pays grand comme deux départements français, va organiser la Coupe du monde de football et le Championnat du monde de handball, je me rappelle la phrase de mon ami Vincent Moscato qui, avec son légendaire accent, avait déclaré : « Bientôt, le Qatar nous dira quelles seront les étapes du prochain Tour de France ! » Le pire, c’est qu’il n’a pas tout à fait tort !

 

Propos recueillis par Nicolas Valiadis

 

Les grandes années du Football, les années 80, Thierry Roland, éd. Jacob-Duvernet


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