POLITIQUE

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Entretien avec Marie-Lys Lubrano, deux mois au cœur de la révolution Libyenne

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« L’appui de BHL comme celui de Sarkozy a desservi les Libyens ; aujourd’hui, certains doutent de la légitimité de cette révolution. »

 

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Après quarante-deux ans de règne sans partage, le despote Mouammar Kadhafi n’est plus, tué le 20 octobre dernier dans des circonstances emplies de zones d’ombre alors qu'il tentait de quitter Syrte, sa ville natale, et dernier bastion tenu par ses partisans. Mais dans quel état cette guerre civile a-t-elle laissé la Libye et que sera politiquement l’avenir d’un pays où le pétrole coule à flots ? Pendant deux mois, la journaliste Marie-Lys Lubrano s’est immergée au cœur du conflit aux côtés des insurgés. Une expérience rare pour cette jeune femme animée d’un sentiment révolutionnaire prononcé et qu’elle nous livre dans son ouvrage, Un Taxi pour Benghazi. Pour Agents d’Entretiens, Marie-Lys Lubrano nous raconte avec émotion une guerre dont on ne peut aujourd’hui encore mesurer les bouleversements profonds qui impacteront les pays du monde arabe. Hasta la victoria siempre !

 

Vous étiez partie au Caire pour suivre la chute de Moubarak, qu’est-ce qui vous a poussé à partir rejoindre les premières heures de la révolution Libyenne ?

Je suis partie en Libye pour les mêmes raisons qui font que je suis partie en Égypte. Ancienne militante d’extrême-gauche, mon engagement politique a créé chez moi une curiosité vis-à-vis des révolutions. Comme le disait Che Guevara : « La révolution se fait grâce à l’homme, mais l’homme doit forger jour après jour son esprit révolutionnaire. » Je suis née en 1980 et je suis issue d’une génération déçue par le système électoral, après le 21 avril 2002, et sans perspective sociale et économique réjouissante. Alors, avoir l’opportunité de suivre activement l’insurrection d’un peuple était bien évidemment une chose qui me tenait à cœur. Je suis arrivée en Égypte après la chute de Moubarak. Lorsque j’ai pu partir en compagnie de médecins égyptiens aux premières heures de la révolution libyenne, je n’ai pas hésité ! Je savais que j’avais là une chance inespérée d’assister à une page d’Histoire qui s’écrivait, et j’ai donc été l’une des premières journalistes à entrer en Libye.

 

Quelle était la situation à votre arrivée ?

Au moment où je suis entrée en Libye, j’ai eu l’impression de basculer dans la quatrième dimension ; il n’y avait personne, ni à la frontière, ni sur les routes. Les brigades de Kadhafi venaient d’être chassées par les habitants mais tentaient de reprendre le contrôle et les lieux restaient dangereux. Et puis, dès les premières villes que j’ai traversées, j’ai ressenti chez les gens un enthousiasme incroyable mêlé à un état de choc. Les Libyens ne s’attendaient pas à ce que la répression des premières manifestations soit si sanglante, mais une fois le premier pavé lancé dans la mare, ils n’avaient plus qu’une idée en tête : faire tomber une dictature vieille de plus de quarante ans et son despote sanguinaire.

 

Comme tout le monde, votre contact avec la guerre se limitait aux films que vous aviez pu voir. Comment s’est passé le face-à-face avec la réalité, l’angoisse, les blessés, les morts… ?

La première fois que j’ai vu des blessés et des morts, la Libye n’était même pas encore entrée en guerre. Avec les médecins égyptiens, j’ai vu les morgues et les hôpitaux de l’est du pays où s’entassaient cadavres et blessés. C’est là que j’ai compris ce qu’était le régime Kadhafi. Et c’est en parlant avec les habitants des villes «libérées» que j’ai mesuré à quel point la dictature les avait fait vivre en vase clos, à quel point la violence et le silence étaient au cœur d’un système bien huilé par Kadhafi pendant de longues décennies de règne sans partage. Dix jours après la libération de Benghazi, Kadhafi a déclenché la guerre. Ce jour là, le 2 mars, je suivais un commando de jeunes hommes qui partaient en voiture vers Tripoli quand les troupes de Kadhafi ont bombardé la ville de Brega juste sous nos yeux. J’ai attrapé une voiture de combattants pour aller voir de plus près les combats. Tout était complètement désorganisé, il n’y avait pas assez d’armes pour tout le monde, les gens partaient au combat dans leurs vieilles voitures et se retrouvaient démunis sous les bombes. N’importe qui venait pour participer, on ne peut pas trier avec qui on est sur le champ de bataille ! C’est sûr que passer de la tranquillité de mon canapé parisien aux tirs à l’arme lourde qu’on essaye de fuir dans un 4x4 défoncé a été une sensation étrange et brutale. Pourtant, je pressentais dès l’entrée dans le pays que la guerre avait fait irruption dans le quotidien de la population, désormais prête à mourir pour reverser le régime.

 

Comment une femme européenne et non-voilée a-t-elle été accueillie par les insurgés ?

Avec énormément de bienveillance et de générosité. Les médecins égyptiens avec lesquels je suis arrivée en Libye venaient en aide à la population et ont donc été accueillis comme des héros. Quant à nous, journalistes, notre travail servait objectivement la cause des insurgés. Notre rôle de journaliste étant de montrer au monde la réalité de ce qu’il se passait, Kadhafi avait intérêt à ce qu’on ne vienne pas tandis que les insurgés nous accueillaient les bras ouverts et étaient prêts à nous protéger parfois au péril de leurs vies. Plus l’information circulait et plus le monde prenait conscience des horreurs commises par un despote qui enfermait son peuple.

 

Même si on les a peu vues à l’écran, quel a été le rôle joué par les femmes dans cette révolution libyenne ?

Dans la révolution proprement dite, leur rôle a été tout aussi important que celui des hommes ; elles distribuaient des tracts, fabriquaient des banderoles, participaient à la logistique, soignaient les blessés dans les hôpitaux, participaient à la création des nouveaux journaux et chaînes de télé et faisaient même partie du CNT pour organiser la gestion de la Libye libre. La première porte-parole du conseil de Benghazi, Iman, était une femme musulmane qui ne portait pas le voile, par exemple. Je la voyais donner des ordres à de jeunes combattants qui l’écoutaient sans broncher, et la respectaient.

Mais dès que les choses ont pris une tournure militaire, guerrière, leur participation était réduite à la portion congrue. D’abord, très peu de femmes en Libye ont fait leur service militaire et elles ne savaient donc même pas se servir d’une Kalachnikov. Ensuite, la situation sociale se dégrade très rapidement en guerre, en particulier pour les femmes qui en sont les premières victimes. Le viol, par exemple, est encore utilisé comme une arme et elles en avaient très peur !

 

Dans votre ouvrage, vous évoquez la relation homme/femme avec Sami Elsaiti, un médecin libyen de 33 ans. Comment avez-vous perçu ce fossé ?

Plus que la relation homme/femme, c’est surtout la sexualité que j’ai évoquée avec Sami. Nous avons eu cette discussion car un soir, après que je l’ai interviewé pour un magazine féminin, il m’a invitée à dîner dans un restaurant. Il était très mal à l’aise car, en Libye, ça ne se fait pas d’aller dîner avec une femme quand on n’est pas marié. Mais je ne le savais pas ! On a donc dîné dans le seul espace d’un restaurant où les femmes peuvent aller ; celui réservé aux familles. C’était surréaliste ; l’endroit était complètement vide, puisque l’heure n’était pas aux dîners romantiques, et tout le monde nous dévisageait. Je l’ai donc charrié un peu en rigolant et il m’a expliqué qu’en fait, comme à peu près tous les Libyens de son âge qui ne sont pas mariés, il était vierge et qu’il n’était jamais sorti avec une fille. Sa religion lui interdit en effet de faire l’amour avant le mariage et, en Libye, la religion est beaucoup plus présente dans les mentalités et dans la culture qu’en France.

Le fossé que j’ai perçu entre Sami et moi n’était pas là. Il se trouvait plutôt dans la différence de maturité entre nous. Alors qu’on avait pratiquement le même âge, Sami et les autres médecins avec qui j’ai passé un mois sur la ligne de front, paraissaient parfois 10 ou 20 ans de plus que leur âge, tant ils étaient « usés » physiquement, fatigués, abîmés, et parce que la dictature et la révolution puis la guerre les avaient forcé à grandir plus vite. Mais, d’un autre côté, lorsque j’évoquais avec eux les relations amoureuses, j’avais l’impression de parler à des enfants de cinq ans qui n’avaient jamais ouvert un bouquin de bio, alors que j’avais affaire à une équipe de chirurgiens extraordinaires !

 

Comme vous le dites dans le chapitre III de votre ouvrage, Benghazi était la capitale de l’insurrection. Quelle était la situation dans cette ville à votre arrivée et comment le mouvement contestataire a-t-il fait boule de neige dans tout le pays ?

Les manifestations sont en effet parties de cette ville le 15 février, mais elles étaient le signe d’un ras-le-bol général, commun aux villes de l’est et de l’ouest. Il y a peut-être des différences au sein de la population libyenne, mais ils avaient quand même comme plus petit dénominateur commun le souhait de faire tomber ce régime. Et c’est pour ça que je réfute totalement l’appellation «guerre civile». C’était une révolution que Kadhafi a tenté d’écraser militairement. Benghazi étant éloignée de Tripoli, il a simplement été plus facile pour la population d’en chasser les soldats du régime que dans les villes proches de la capitale.

Avant le début de la guerre, à Benghazi, j’ai vu des gens sans expérience politique tenter de créer une structure autonome. J’ai vu des médecins, des avocats essayer de prendre en charge la gestion d’une ville pour prouver au monde, et à eux-mêmes, que l’on pouvait vivre sans Kadhafi, sans dictature. La ville était autogérée, avec tout le foutoir et l’enthousiasme que cela implique.

 

Les combattants étaient souvent jeunes et inexpérimentés. Toute cette génération était pourtant prête à mourir pour libérer le pays des mains de Kadhafi. Comment, peu à peu, cette armée d’insurgés s’est-elle structurée ?

Comme me l’a expliqué un ancien pilote à la frontière, il faut distinguer plusieurs types de soldats. Tout d’abord, il y a ceux de l’armée régulière, dont Kadhafi s’était toujours méfié depuis qu’il avait pris le pouvoir par le biais d’un coup d’état. Après la guerre contre le Tchad, il l’avait d’ailleurs complètement dépouillée. Ces soldats là avaient pour une bonne partie rejoint l’insurrection, rejoint leurs frères, leurs cousins, leurs ami. Et puis il y avait également les brigades spéciales et les mercenaires, à la solde de Kadhafi. Le premier soutien des soldats de l’armée régulière, qui avaient de l’entraînement, a été de montrer aux habitants comment se servir des armes abandonnées dans les casernes. Ensuite, ce sont eux qui ont également géré stratégiquement les attaques contre les forces pro-Kadhafi. A l’ouest, l’armée s’est structurée davantage avec l’aide de l’OTAN qui a notamment établi des ponts aériens avec le Qatar.

 

Comme lors de ses quarante années au pouvoir, Kadhafi continuait à manipuler l’information lors de cette guerre. Comment étiez-vous informés de l’évolution du conflit ?

Très mal ! J’ai vite découvert qu’en guerre, on ne sait que ce qu’on voit de ses propres yeux. Et on ne voyait pas grand-chose tant le danger était grand ; Kadhafi avait non seulement fait couper le Net et le téléphone à l’international mais il contrôlait aussi la télévision d’état et menaçait de mort les journalistes étrangers - certains y ont d’ailleurs laissé leur peau. Il avait coupé son pays du monde et tentait d’isoler l’est. Pendant les deux mois et demi que j’ai passés au cœur du conflit, j’avais donc moins d’informations sur la globalité de la situation qu’une personne à Paris. En fait, sur des terrains de guerre, les journalistes font leurs reportages et s’échangent les infos le soir. Or moi je n’étais qu’avec des insurgés. Je me souviens que juste avant l’intervention de l’OTAN, de nombreux journalistes avaient été rapatriés par leurs rédactions, à cause du tremblement de terre au Japon ; l’actualité se déplaçait à Fukushima et les rédacteurs en chefs estimaient qu’il n’était plus aussi nécessaire de faire prendre tant de risques à leurs reporters en Libye. Nous n’étions donc plus beaucoup sur place, ce qui réduisait considérablement les infos. Lorsque les chars sont entrés dans Benghazi, on ne les a même pas vus venir ! On savait que les colonnes de blindés se rapprochaient mais on ne savait pas où ils étaient. C’est une équipe de Fox News, qui, en partant pour un reportage, a croisé les tanks qui entraient dans la ville en tirant. Ils ont fait demi-tour en quatrième vitesse, nous ont prévenus en partant et on a juste eu le temps de s’enfuir à dix dans un camion à bestiaux !

 

Votre rencontre avec le colonel Bachir, ancien responsable des forces spéciales de l’armée régulière qui a rejoint le camp des insurgés, vous a profondément marqué. Pouvez-vous nous relater ce premier face-à-face ?

Je l’ai rencontré le deuxième jour de guerre, le 3 mars, après l’attaque de Brega, lorsque les insurgés ont commencé à s’organiser un peu. Au milieu du foutoir ambiant, le colonel Bachir avait pris en main les combats avec une poignée d’hommes, les siens. Il avait rejoint l’insurrection car il se sentait investi d’un devoir de protection vis-à-vis des civils. Avec ses petits moyens (pas de gilet pare-balles ou de portable satellite), sa foi et ses hommes, il a donc mené les opérations pendant une dizaine de jours, repoussant les soldats du régime et menant les insurgés pendant la bataille de Ras Lanouf. C’est là qu’il m’a trouvée, dans le désert, allongée sous les bombes avec mon appareil photo. Il a bien rigolé en me voyant et m’a fait monter dans son 4x4 pour suivre la bataille avec lui.

Le colonel Bachir est un homme charismatique, calme, qui part au combat sans arme car il ne considère pas l’opposant comme un ennemi mais comme un frère. Comme toutes les forces spéciales du monde, il n’aimait pas les journalistes et pourtant, il m’a fait confiance car il savait que mes informations ne seraient publiées que dix jours après que je les ai obtenues [Marie-Lys travaillait alors pour un hebdomadaire français, ndlr]. J’ai partagé son quotidien et celui de ses hommes, j’ai dormi dans le désert, j’ai parlé musique, politique… Ils m’appelaient frère car « sœur » est le surnom que l’on donne aux infirmières en Libye. Ces hommes ont risqué leurs vies pour me protéger des balles et cela, je ne l’oublierai jamais.

 

Comment les insurgés ont-ils accueilli l’intervention de l’OTAN dans le conflit ?

En Libye, ce sont les habitants qui étaient insurgés, c’est toute la population qui était en révolte. Et sur l’Otan, ils étaient tous d’accord : ils réclamaient à cors et à cris une intervention aérienne pour stopper les chars. Mais comme ils ne sont pas stupides, ils savent pertinemment - pour avoir vu leurs voisins afghans, irakiens et autres en faire les frais - que l’Otan et les puissances qui la composent ne sont qu’un conglomérat d’intérêts impérialistes qui n’intervient pas par philanthropie. Et c’est pourquoi, en aucun cas ils ne voulaient de troupes au sol.

 

Sur Bernard-Henri Levy qui, en France, s’est présenté comme l’un des « sauveurs » de la Libye. Vous avez une citation très drôle : « Bernard-Henri Levy est à la géopolitique ce que Rika Zaraï est à la médecine. » Pouvez-vous nous l’expliquer ?

Je suis tombée des nues quand j’ai découvert sa tête à la télé, à Benghazi, et que j’ai su ensuite qu’il se posait en sauveur de la Libye ! Bernard-Henri Levy est un opportuniste de première catégorie qui a passé son temps, ces dernières années, à taper sur les musulmans et à cracher sur l’Islam avant de se découvrir subitement un amour pour les révolutions arabes, parce qu’elles ont soulevé une vague d’enthousiasme qui a gagné une bonne partie de la planète, et qui n’est pas étrangère aux mouvements des Indignés. Il s’est servi des Libyens qui avaient désespérément besoin d’aide pour regagner un peu de légitimité médiatique après les tollés qu’il avait enchaînés. Le vrai problème, c’est que l’appui de BHL comme celui de Sarkozy a desservi les Libyens puisque, aujourd’hui, certains doutent de la légitimité de leur révolution, jusque dans les rangs des militants les plus progressistes en France ! Si BHL avait un tant soit peu de sincérité et d’intelligence, il aurait épargné son soutien aux Libyens, car avec des amis comme lui on n’a presque plus besoin d’ennemis.

 

Quel était le regard de la population vis-à-vis de Kadhafi et comment expliquer ce brusque soulèvement d’un peuple après quarante-deux années de despotisme ?

La Libye se situe entre la Tunisie et l’Égypte et le pays ne compte que 6 millions d’habitants dont 1 million d’Égyptiens. La chute de Moubarak a fortement impressionné et influencé les Libyens. Porté par ce vent de liberté, un sentiment de confiance s’est donc emparé des Libyens, en même temps que pour les mêmes raisons un sentiment de peur gagnait le régime coincé entre deux révolutions. Lors des premières manifestations, Kadhafi a donc commis l’énorme erreur de vouloir mater l’insurrection dans un bain de sang. L’armée a tiré sur la foule avec des balles destinées normalement à abattre des avions. Vous imaginez le carnage ! Cela a été la goutte d’eau qui a fait débordé le vase de la plus vieille dictature du continent africain. L’épreuve de force était en marche et la population n’a jamais reculé.

 

Comme son régime, la fin de Kadhafi a été sanglante et entourée de mystère. Quel a été votre sentiment vis-à-vis de sa disparition ?

En tant que journaliste, je trouve dommage qu’il n’ait pas pu comparaître devant un tribunal pénal international. Il aurait eu beaucoup à révéler sur les gouvernements occidentaux qui l’ont soutenu à commencer par le nôtre. Pourtant, pour avoir été sur le terrain, je sais que pour les Libyens, cette fin n’est pas plus mal. Un procès aurait signifié plusieurs années de procédure pendant lesquelles Kadhafi aurait été logé dans une prison cinq étoiles à La Haye. Sa mort brutale a au moins eu le mérite de mettre un terme à cette guerre qui durait depuis huit mois. Maintenant, les Libyens vont être forcés de lâcher leurs armes devenues inutiles et vont devoir se pencher sérieusement sur la reconstruction politique du pays.

 

Comment voyez-vous l’avenir de la Libye ?

Quoi qu’on en dise, cette révolution a permis de mettre fin à un régime totalitaire et c’est tant mieux. Aujourd’hui, même si je suis assez confiante sur l’avenir du pays par rapport à toutes les discussions que j’ai pu avoir avec eux, là bas, il faut être conscient que comme dans toute révolution, il peut en sortir le meilleur comme le pire. Je souhaite simplement qu’on arrête de les attendre au tournant et de faire monter la sauce autour de la «menace islamiste».

 

On constate que la Tunisie, le pays arabe qui, sur le papier, paraît le plus libéral, a opté lors de ses premières élections libres pour un régime islamiste « modéré ». Comment expliquer que les populations choisissent un Islam radical alors que la liberté leur tend la main, et pensez-vous qu’il en sera de même pour la Libye ?

Il faut arrêter d’employer le mot « islamiste » à tort et à travers ! Bien sûr, à titre personnel, je n’aimerais pas vivre dans un pays où l’on est obligée de porter le voile. Mais je n’aime pas non plus vivre dans un pays où il est interdit de le porter ! L’Islam porte un projet politique et ça vient essentiellement du fait qu’en Tunisie comme en Egypte et encore plus en Libye, l’opposition était si difficile à organiser que la seule aide que recevaient les populations, la seule forme d’organisation possible était d’ordre religieux, ce qui confère à l’Islam en tant que projet politique une certaine légitimité. Ce n’est pas parce qu’un peuple ne vote pas comme on aimerait qu’il vote que l’on peut pour autant le priver de son droit de vote.

 

Vous avez vu la mort en face et pris de gros risques pour votre vie. Ces deux mois ont-ils changé en profondeur le regard que vous portez sur le monde, la vie ?

J’ai découvert ce qu’étaient la guerre et l’excitation du combat. Le plus dangereux, je crois, c’est que la guerre peut engendrer une forme d’addiction à cause de l’adrénaline qu’elle procure et du sentiment de puissance qui gagne celui qui porte une arme. Je pense que la meilleure façon de s’en protéger c’est de faire de la politique ; c’est une autre façon de ne pas se laisser déposséder de son destin, une façon bien plus belle et bien plus efficace au final.

 

Propos recueillis par Nicolas Valiadis

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