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Entretien avec Julien Lizeroux, slalomeur

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« On ne devient pas skieur de haut niveau en débutant le ski après 10 ans ! »

 

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Seul médaillé tricolore masculin lors des championnats du monde de Val d’Isère en 2009, Julien Lizeroux forme avec son copain Jean-Baptiste Grange la fine fleur du slalom français de ski. Malgré une blessure suivie d’une opération estivale qui va le priver de coupe du monde cette année, le natif de Moûtiers en Savoie nous fait partager sa passion pour le grand blanc. En piste !


Un papa guide alpin et une maman monitrice de ski, ton destin sur les skis était presque tout tracé !

Exactement ! Je dis souvent que je suis tombé dans la marmite quand j'étais petit… Quand on naît à la montagne, on skie avant de savoir marcher !

 

Lorsque l’on vit en station et que, très jeune, on intègre un club de ski alpin, comment se passe la détection des jeunes talents ?

Il n'y a pas de détection à proprement parler, mais les enfants de station débutent le ski très tôt, et intègrent le ski-club à l’âge de 7 ans. Après, les qualités physiques et mentales font la différence au fur et à mesure des années. Une chose est sûre, on ne devient pas skieur de haut niveau en débutant le ski après 10 ans !

 

Comment se répartit le temps entre école et ski alpin une fois que l’on intègre comme toi un ski-études ?

À partir du collège, on peut intégrer des classes ski-études avec des aménagements d'horaires pour la pratique du ski l'hiver et de l'entraînement physique le reste de l'année, le tout en collaboration avec les ski-clubs. Ensuite, au lycée, on intègre le lycée d'été d'Albertville. Nous n’avons alors par de cours pendant la période hivernale, entièrement dédiée à la pratique du ski. Seconde, première et terminale s’effectuent en 4 ans au lieu de 3. Les cours ont lieu durant l'été. Le matin est dédié aux études et l’après-midi, nous travaillons sur la condition physique.

 

Peux-tu nous parler de tes premiers pas en équipe de France ?

C'était en 1999 ! J'ai intégré le groupe B avec une grande partie de mes amis à la fin de ma dernière année junior. J'étais content de porter les couleurs de la FFS, même si ce n'était pas une fin en soi.

 

Une fois que l’on intègre l’équipe de France de ski alpin, comment se déroule la vie entre entraînement et compétition ?

Le mois de mai est destiné au repos et aux vacances. On reprend l'entraînement physique fin mai avec différents blocs entrecoupés de stages de ski sur les glaciers d’Europe ou dans l'hémisphère sud (Argentine, Chili). Nous avons environ entre 50 et 70 journées de ski dans les jambes avant les premières compétitions qui ont lieu au mois de novembre. Ensuite, on voyage beaucoup pour rallier les différents sites de compétition pendant tout l'hiver.

 

Y a-t-il une concurrence amicale qui se limite à la piste entre les membres de l’équipe de France ou une rivalité latente ?

En ce qui me concerne, il n'y a pas de rivalité (mon seul adversaire étant le chronomètre.) Mais, cela dépend des tempéraments ! Nous avons la chance, dans notre groupe, d'être une bonne bande de copains, d'avoir beaucoup de respect les uns envers les autres et, du coup, cette émulation s’avère très positive puisqu’elle tire tout le monde vers le haut.

 

As-tu un entraînement physique spécifique outre celui que tu réalises sur les pistes de ski ?

Oui bien sûr ! Si on veut être performant sur les skis et pouvoir tenir le coup tout l’hiver, il est indispensable de passer beaucoup d'heures dans les salles d'entraînement. L'avantage avec le ski, c'est que l’on peut pratiquer beaucoup de sports et d'activités différentes qui nous permettent de progresser physiquement. Vélo, randonnée, musculation aérobie, coordination, sports collectifs, proprioception, sprints, sauts, tennis… Tout cela contribue à garder le corps en condition optimale en période estivale.

 

Quelles sont les qualités physiques essentielles pour être un bon slalomeur ?

C'est un compromis entre vitesse/ puissance/ force. Mais, en règle générale, un skieur possède une force importante dans les cuisses, les fessiers et le bas du dos qui sont mis à rude épreuve lors des compétitions.

 

Kitzbühel est une piste sur laquelle tu as souvent brillé durant ta carrière. Quelles sont les pistes de la coupe du monde sur lesquelles tu prends le plus de plaisir ?

Je les aime toutes car elles ont chacune leurs particularités et leur ambiance. J’ai pourtant un faible pour Zagreb, Adelboden, Wengen, Kitzbühel et Schladming, toutes les classiques du mois de janvier en somme.

 

Le ski est un sport où les chutes sont nombreuses. La sélection s’opère-t-elle aussi en fonction malheureusement des blessures qui peuvent prématurément mettre un terme à une carrière ?

Oui c'est évident, un grand nombre de skieur se blessent : surtout aux genoux (ligaments croisés antérieurs = 6 mois sans ski), mais aussi de plus en plus au tibia. Malheureusement, ces blessures entraînent souvent un vieillissement prématuré des articulations et peuvent donc conduire à des arrêts de carrière anticipés.

 

Tu as toi-même été opéré du genou pendant l’été. La table d’opération est-elle un passage quasi obligatoire pour tout skieur de haut niveau durant sa carrière ?

Obligatoire, je ne sais pas, mais en ce qui me concerne, j'y suis déjà passé de nombreuses fois. Pour info, dans le groupe « coupe du monde masculin » qui compte 20 personnes, seulement 5 ne se sont pas fait opérer du genou !

 

Après une opération, y a-t-il une certaine appréhension avant de rechausser les skis et est-ce un handicap pour se donner à 100% dans les courses ?

L'appréhension disparaît avec la reprise en douceur de toutes les activités étape par étape, les unes après les autres. D'abord marcher, puis faire du vélo, puis courir, puis sauter… Du coup, la reprise du ski est la suite logique et se passe en général en douceur, avec une dizaine de journées de ski libre pour retrouver de bonnes sensations.

 

Halfpipe, freeride, skicross… Le ski ne cesse de s’ouvrir à de nouvelles disciplines, de nouvelles sensations. Sont-ce là des disciplines qui t’attirent ?

J'aime le sport et le ski dans son ensemble donc oui, je les aime et je regarde mes amis qui les pratiquent. Mais c'est comme si on comparait le tennis, le squash et le tennis de table : ce sont tous des sports de raquette avec pourtant des particularités bien spécifiques. C'est la même chose pour le ski...

 

Tu es parrain de l’association CAMI qui enseigne des arts martiaux aux malades atteints de pathologies cancéreuses. Peux-tu nous dire quelques mots sur ton investissement personnel dans cette association et le rôle joué par le sport pour aider les malades ?

Depuis six ans maintenant, au mois d'avril, le club de hockey sur glace d'Albertville organise un match en fin de saison avec les skieurs de l'équipe de France et des hockeyeurs de ligue Magnus au profit de la CAMI. Je suis donc devenu un des parrains de cette association depuis deux ans. La CAMI représente des valeurs auxquelles j'adhère, et je suis content de pouvoir contribuer très modestement à leur apporter des fonds et à faire parler d'eux. Je ne me suis pas encore impliqué auprès des malades, mais j'espère pouvoir le faire prochainement, puisqu’un centre devrait être bientôt créé sur Albertville. Je trouve que le sport est l’un des meilleurs moyens pour appréhender les traitements médicaux et pour reprendre le cours d'une vie normale.

 

Propos recueillis par Nicolas Valiadis

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