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Entretien avec Jérémie Eloy, Kitesurfeur

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« L’écologie pose les bonnes questions... À nous tous maintenant d'apporter des réponses réelles et non pas utopiques ou extrémistes ! »

 

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Au coeur d’une société régie par le sempiternel métro/boulot/dodo, Jérémie Eloy, kitesurfer professionnel, fait figure d’extraterrestre ou, devrais-je dire, de monstre marin. L’homme a choisi, fait rare aujourd’hui, une vie de nomade. Muni d’une planche et de sa voile, Jérémie parcourt les plus beaux endroits de la planète, de l’Indonésie à Tahiti, de l’île Maurice à la côte sauvage du Chili, pour s’envoyer en l’air grâce à la magie d’Eole. En parfaite symbiose avec les éléments qui l’entourent, notre globe trotter est également un sportif engagé qui œuvre pour la protection de notre environnement, sensibilisant les plus jeunes aux conséquences dramatiques de la pollution sur nos plages. Rencontre avec un aventurier des temps modernes !

 

Comment est née ta passion pour le Kitesurf ?

Je devais avoir 20 ans lorsque le kitesurf s'est développé. J’étais déjà un accro du surf, du windsurf, du skate, mais ces disciplines demandaient des conditions de mer particulières pour vraiment en profiter. En plus, dans le Nord, on ne peut pas dire que l’on bénéficie de vagues monstrueuses. À Dunkerque, en 1999, les premiers championnats du monde de kite ont été organisés. Je suis allé y faire un saut et là, j’ai vraiment halluciné. Peu importait l’état de la mer, avec leurs voiles gonflées par le vent, ces mecs envoyaient des sauts de dix à quinze mètres au-dessus de l’eau. C’était magique ! Moi, je partais chercher des vagues au Maroc l'été dans un vieux van car. En France, j’attendais parfois des jours entiers avant que les bonnes conditions me permettent de me mettre à l’eau. Là, un peu de vent et hop, le tour était joué ! J’ai eu une vraie révélation et je me suis lancé à fond dans l’aventure kite.

 

Tu espérais déjà devenir professionnel et pouvoir vivre de ta passion ?

Non pas vraiment. En fait, tout cela a été un concours de circonstances. Je suis parti faire un stage pour mes études aux États-Unis  afin de progresser en anglais. Je travaillais le matin et je passais tous mes après-midi dans l’eau à côtoyer les meilleurs kite surfers. C’est pendant cette période que j’ai vraiment progressé et que j’ai été repéré par un sponsor, North Kiteboarding. Ils m’ont proposé un contrat, Oxbow et Julbo ont suivi. Je suis donc devenu pro sans le chercher car, pour moi qui venais du Nord de la France, cela me semblait impossible.

 

Comment se passe la préparation d’un voyage justement ?

En fait, mes sponsors m’allouent un budget pour l’année. Avec cela, je dois prendre en charge mes voyages, le photographe qui me suit… À la fin de l’année, il ne me reste presque rien mais c’est un plaisir quotidien d’aller rider dans des endroits reculés et si magiques. Je passe environ un mois derrière mon ordinateur à préparer un trip à l’autre bout du monde, à prendre en considération tous les détails afin de ne rien laisser au hasard. Prendre la vague et m’envoyer en l’air n’est que l’aboutissement du projet.

 

Tu as visité quelques-uns des plus beaux spots au monde, l'île de Pâques, la Tasmanie, le Mozambique, Tahiti, Hawaï, Islande… Comment se passe le contact avec les populations locales ?

Lorsque tu te retrouves dans un coin perdu, à plusieurs heures, voire plusieurs jours de marche de la première ville, autant te dire que la population est toujours étonnée de voir arriver un type avec une planche et une voile qui se met à voler au-dessus de l’eau ! Ce qui est sympa, c’est que ce sont les gens qui nouent le dialogue et qui, peu à peu, viennent à la rencontre de cette espèce de fou volant. Le trip, c’est l’immersion ! Me retrouver au contact de populations, de cultures différentes afin d’instaurer un échange est un réel plaisir qui fait partie intégrante du voyage. Je vis au milieu des autochtones et, à chacune de ces expériences, je ressors de chaque voyage avec un regard toujours différent sur le monde.

 

Vivre de sa passion et voyager dans les plus beaux endroits du monde est un luxe dont tu es conscient ?

Bien sûr ! Étant originaire de Lille, voir la mer, c'est déjà un luxe ! Alors voyager sur les plus beaux spots, je ne m'en lasserai jamais. Je n’ai pas de chez moi, je bouge sans cesse de ville, de pays et, pour l’instant, cette vie de nomade et de liberté me correspond totalement. Si demain je décide de fonder une famille, il faudra bien sûr envisager de revoir la donne ! En effet, je m’imagine mal dans une vie faite de métro/boulot/dodo.

 

Malheureusement, lorsque l’on parle kite, on fait souvent référence aux accidents liés à ce sport. Tu crois que cette discipline pâtit de son image dangereuse ?

Beaucoup de personnes pratiquent aujourd’hui le kite et les accidents sont rares, pas plus nombreux que dans un autre sport. Bien sûr, les médias aiment polariser leur attention sur les drames liés au kite plutôt que de montrer de belles images d’une famille entière qui s’amuse et se fait plaisir au bout de quelques heures de pratique. Comme tous les sports, il faut tout d’abord apprendre les rudiments avec un moniteur afin d’éviter les erreurs. Le kite à l’avantage de pouvoir être pratiqué à tous les âges. L’autre jour, j’ai vu un monsieur de plus de 70 ans qui débutait et y prenait un plaisir fou ! Pas besoin d’avoir énormément de force dans les cuisses ou les bras, il suffit de savoir manier la voile et le vent fait le reste. Pour ce qui est des accidents, ils surviennent la plupart du temps lorsque le vent se lève soudainement, que les gens prennent alors peur et décident de rentrer à tous prix sur la terre ferme. C’est la chose à ne surtout pas faire ! En mer, lorsqu’un grain se lève, on ne risque rien. Il faut juste être patient, attendre que cela se calme avant de pouvoir revenir à bon port.

 

En 2006, tu as été le premier à surfer la vague Teahupoo, la vague de Tahiti réputée comme la plus dangereuse. Comme t’es-tu préparé à un tel challenge ?

Teahupoo n’est pas une vague énorme, par rapport à Jaws par exemple, mais par contre, elle a la particularité d’être un vrai rouleau compresseur. Il y a beaucoup de fond lorsque tu prends la vague mais très peu ensuite, c’est d’ailleurs pour cette raison que la mer forme à cet endroit l’une des plus belles vagues au monde avec un tube dans lequel tu pourrais quasiment faire entrer un semi-remorque. Les conditions optimales pour prendre cette vague ne doivent être réunies que deux ou trois jours pas an, alors il ne faut pas manquer le coche.  La sensation de dévaler Teahupoo reste un souvenir fabuleux et un plaisir difficilement exprimable sans le vivre ! Quand tu regardes quelqu'un la surfer, tu as l'impression que c'est un jeu vidéo, tu as envie de faire pause.

 

Tu as collaboré comme kitesurfeur aux émissions Ushuaia Nature. Que gardes-tu de cette expérience ?

Nicolas Hulot est passionné de kite. On s’est rencontrés car il venait souvent rider sur les mêmes spots que moi. Nous avons sympathisé, et c’est alors qu’il a eu l’idée de faire appel à mes services pour son émission. Pour moi, c’était un rêve car lorsque j’étais plus jeune, je ne manquais jamais une seule diffusion d’Ushuaia. L’équipe d’Ushuaia est une vraie famille. Toutes ces personnes travaillent les unes avec les autres depuis plus de vingt ans, ils connaissent les enfants de chacun et sont les meilleurs dans leur domaine !

 

Toi qui côtoies Nicolas Hulot, penses-tu qu’il devrait se présenter pour la présidentielle de 2012 ?

Se présenter à l’élection présidentielle est un choix individuel. Il est vrai que Nicolas est une personne-clé du mouvement pour la protection de l’environnement en France et qu’il s’est engagé pour préserver la nature, alors que cela n’était pas encore un effet de mode. Aujourd’hui, on voit qu’il est plébiscité par les Français. Mais après, savoir si oui ou non il se lancera dans la course à l’Elysée, l'avenir nous le dira !

 

Vois-tu l’écologie comme une alternative face au désintérêt total des Français pour la politique ?

L’écologie pose les bonnes questions, surtout face à des problèmes auxquels nous serons forcément confrontés dans les années à venir, qui entraîneront des migrations, des interdictions... À nous tous maintenant d'apporter des réponses réelles et non pas utopiques ou extrémistes !

 

Tu t’engages régulièrement dans des actions de protection de l’environnement comme le nettoyage des plages du Nord. Ce sont des actions qui te tiennent visiblement très à cœur !

Oui, là on parle de choses concrètes. La mer est l’élément dans lequel je passe le plus clair de mon temps. Il est donc normal que je m’investisse pour la protéger. On ne peut pas faire de l’océan son terrain de jeu et le laisser se détériorer simplement parce que des gens ne font aucun effort pour garder propre et intact leur environnement. Par le biais de la Surfrider foundation, nous sensibilisons les gens à la protection du littoral et du monde maritime. Durant les initiatives Océanes, que nous organisons à Dunkerque le mercredi en compagnie de jeunes élèves, d'associations diverses de kite (KUD), nous allons ramasser les détritus qui jonchent le bord de mer. Les enfants comme les adultes y prennent un réel plaisir et constatent comme il est simple, si chacun y met un peu du sien, de protéger la nature qui nous entoure. Il s'agit surtout d'une journée de sensibilisation. Ensuite, on va dans l'eau, on fait du cerf-volant et du stand up paddle. On protège et ensuite, on joue !

 

La mer est ton terrain de jeu. Comment réagis-tu face au drame qui se joue actuellement au Japon alors que le taux de radioactivité constaté en mer ne cesse de croître ?

C’est bien sûr un drame pour les Japonais, leur environnement et peut-être le nôtre, car la radioactivité n’a pas de frontière. Lorsque l’on sait que des dizaines de milliers de litres d’eau contenant un taux de radioactivité non négligeable vont être rejetés à la mer, on se pose forcément des questions ! Après, remettre en cause l’énergie nucléaire est un débat bien plus vaste. Pour cela, il faut proposer d'autres solutions concrètes. L'utilisation de l'éolien, le soleil, les marées... ne répond pas encore totalement aux besoins de l'explosion démographique et économique. Le développement des énergies renouvelables représente bien sûr l’un des enjeux majeurs du présent.

 

Propos recueillis par Nicolas Valiadis

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